La légende noire de l’Inquisition

L'Inquisition, vue par les iconographes du XIXe siècle.
L’Inquisition, vue par les iconographes du XIXe siècle.

Un dominicain brandissant sa croix, un malheureux supplicié, des bûchers, des autodafé : de Bernard Gui au Nom de la Rose, l’Inquisition est une succession d’images toutes plus sombres les unes que les autres. Elles sont fausses pour la plupart…
Dès son origine, l’Eglise a été en butte aux hérésies. La chose est assez normale et même relativement saine : cela prouve tout simplement que les chrétiens des premiers siècles pensaient, réfléchissaient et tentaient de comprendre. Et comme chaque hérésie soulève un problème, pose une interrogation, elles ont permis à l’Eglise d’affiner ses dogmes. Mais ceux qui ne se soumettaient pas à ces dogmes ? Ils étaient tout simplement excommuniés ! Car si de tous temps l’Eglise a considéré de son devoir de combattre les hérésies, la majorité des Pères de l’Eglise condamnaient fermement le châtiment physique. Ce sont les autorités civiles, dès lors que le christianisme devint religion d’Etat sous l’ère constantinienne, qui allaient mettre en branle la répression. Assimilant un peu légèrement –et sans doute par intérêt- l’hérésie à un crime de lèse-majesté, les empereurs vont utiliser la confiscation des biens et parfois la mort contre les hérétiques. Ce sera notamment le cas des donatistes, au IVe siècle, qui posait la question de la validité des sacrements, c’est-à-dire de savoir si elle était liée ou non à celui qui les administrait.
Cette intrusion du pouvoir civile dans les affaires de l’Eglise n’était pas nouvelle d’ailleurs. Elle date de Constantin qui, si on veut bien s’en souvenir, avait initié et convoqué le concile de Nicée (325) où sera établi le fameux Credo de l’Eglise catholique.
La « croisade » contre les Albigeois
Une Eglise qui se serait bien passée de l’incursion des empereurs et des rois dans ses affaires, d’autant que, pour ces derniers, ce sera souvent l’occasion de s’approprier des biens. La ficelle est d’autant plus grosse lorsque que ce sont des souverains en révolte ouverte contre le pape qui la pratiquent. Ainsi, Henri II Plantagenêt ou Frédéric Ier Barberousse se poseront en « défenseurs de la Foi » et recourront sans état d’âme aux châtiments physiques contre des hérétiques. On le voit, les abus étaient multiples. Et la croisade contre les Albigeois (1209) va marquer un véritable tournant dans l’histoire de l’Inquisition.

Sceau de Simon IV de Montfort (v.1150-1218).
Sceau de Simon IV de Montfort (v.1150-1218).

L’hérésie cathare avait remporté un franc succès dans toute l’Occitanie et notamment dans le Languedoc. Et l’ampleur du phénomène avait de quoi inquiéter sérieusement l’Eglise. Mais le premier à réagir sera le roi de France, Philippe Auguste. Et une fois de plus, le problème religieux va servir d’excuse pour faire un véritable coup politique. Dire que le roi de France s’inquiétait grandement de l’hérésie cathare serait une ineptie. Par contre, ce qui lui posait sans aucun doute un très sérieux problème, c’était la richesse et l’indépendance des féodaux du Midi. Une indépendance que le catharisme cautionnait d’ailleurs en niant tout lien de féodalité, toute valeur aux serments. Or, la société féodale ne vivait que dans l’acceptation de ces liens. C’était remettre en cause le principe même de la société féodale ! Nombre de nobles occitans prêtaient d’ailleurs une oreille plus que favorable aux Cathares pour cette raison même. Ce sera donc l’excuse toute trouvée pour lancer cette fameuse « croisade ». Et avant de s’attaquer aux Parfaits cathares, c’est contre les cités occitanes que les Barons du Nord vont lancer leurs assauts, Simon de Montfort à leur tête. Les féodaux occitans seront soumis, le plus souvent éliminés et leur femmes, leurs fiefs et leurs titres passeront aux mains des hommes du Français. La croisade des Albigeois aura donc admirablement servi les desseins du roi de France en brisant, définitivement, la volonté d’indépendance des princes occitans.
Les tribunaux de l’Inquisition

Le peuple brûlant un hérétique (iconographie du XIXe siècle).
Le peuple brûlant un hérétique (iconographie du XIXe siècle).

L’instrumentalisation de la religion va, cette fois, faire réagir l’Eglise. Pour mettre un frein aux violences arbitraires des souverains, dans l’espoir de faire cesser leurs perpétuelles interventions dans les affaires de la Foi, l’Eglise décide donc de donner une organisation légale à la lutte contre les hérésies. Ce sera l’Inquisition, dont la procédure sera fixée en 1229, au concile de Toulouse. A l’inquisition épiscopale s’ajoutera désormais une inquisition légative, confiée au délégués du pape, des délégués très souvent désignés parmi les rang des ordres mendiants –dominicain et franciscain. En à peine dix ans, l’Inquisition sous sa nouvelle forme se répandra sur toute l’Europe, n’épargnant que l’Angleterre. Chaque région a alors son inquisiteur, chargé de débusquer les hérétiques et de la convaincre de réintégrer le giron de l’Eglise. Un « édit de grâce » leur donne cette possibilité. Passé ce délai, qui est de 15 à 30 jours, l’hérétique tombe sous le coup de la justice inquisitoriale… Si l’hérésie est avérée –c’est à un jury, plus ou moins étoffé d’en décidé- deux cas de figure se présentent alors. Les repentis s’exposent à des peines aussi « atroces » qu’un pèlerinage, le jeûne, assister aux offices –et pas même « jusqu’à ce que mort s’ensuive » ! Pour les obstinés, le jury peut les condamner à des peines aussi variables que la flagellation, un pèlerinage, servir en Terre sainte, voir ses biens confisqués ou la prison. Les cas de condamnation au bûcher, qui concerne avant tout les relaps –c’est-à-dire ceux qui ont réintégré l’Eglise pour replonger dans l’hérésie ensuite-, se compte sur les doigts d’une main -ou de deux… Du moins en ce qui concerne l’Inquisition médiévale, que l’on confond généralement avec l’Inquisition espagnole. Cette dernière, qui sévira essentiellement à la fin du XVe siècle (donc au seuil de la Renaissance), est spécifique et servira essentiellement à alimenter le trésor royal espagnol. Certes, on ne peut que déplorer le trop grand zèle de Thomas de Torquemada mais c’est un cas extrême, une page très circonstanciée de l’histoire et du monde chrétien.