La malédiction des Atrides

L’histoire des Atrides est un des meilleurs exemples de ce que la légende grecque peut avoir de cruelle et de malsain. Elle n’est faite que de convoitise, d’inceste, de mort, de vengeance, de haine, bref, elle met en avant les « meilleures » qualités de l’âme humaine ! En fait, cette histoire n’est autre qu’une excellente leçon pour quiconque oserait offenser les dieux…
On raconte que Pélops, roi du Péloponnèse, provoqua la mort de Myrtile, fils d’Hermès, ou, du moins, qu’il offensa gravement le messager des dieux, attirant ainsi le malheur sur sa personne et sur sa descendance. Et c’est en attisant la convoitise des fils de Pélops qu’Hermès inaugura ce que l’on pourrait appeler la malédiction des Atrides.
Pélops avait trois fils, Atrée, Thyeste et Chysippe, qui tous trois désiraient s’emparer d’un bélier d’or qu’Hermès avait placé au milieu du troupeau de l’aîné, Chysippe. À force de se disputer, les frères en vinrent aux mains… puis au meurtre :  c’est ainsi qu’Atrée et Thyeste assassinèrent Chysippe. Mais la jalousie et la haine fratricide n’en étaient qu’à leur commencement : Thyeste séduisit Aérope, la femme d’Atrée, qui, lorsqu’il le découvrit, tua son épouse et exila son frère. Quelques années plus tard, sous prétexte de se réconcilier, Atrée, qui avait la haine tenace, convia son frère à un banquet fastueux. Thyeste, ravi de cet heureux dénouement, s’en donna à cœur joie… jusqu’à ce qu’Atrée lui révèle qu’il venait de dévorer ses propres fils ! Ce jour-là, les dieux maudirent à nouveau la race d’Atrée et le soleil fut si horrifié qu’il en arrêta sa course…
Thyeste, patiemment, ourdit sa vengeance avec l’aide de son dernier fils, Égisthe, qui avait survécu au massacre : les jours d’Atrée étaient comptés. Après son assassinat, Thyeste et Égisthe s’emparèrent du trône de Mycènes et bannir les fils d’Atrée, Agamemnon et Ménélas. Ces deux derniers, cependant, s’exilèrent à Sparte où ils épousèrent les filles du roi Tyndare, Clytemnestre et Hélène. Ménélas succéda plus tard à son beau-père alors qu’Agamemnon reconquit le trône de Mycènes et devint le plus puissant des princes de Grèce.
Après l’enlèvement d’Hélène par Pâris, les Grecs s’unirent pour lancer une expédition contre Troie et Agamemnon fut désigné pour en prendre la tête. Il fallut deux bonnes années pour que l’armée grecque soit fin prête mais, alors qu’elle était rassemblée dans le port d’Aulis, les vents favorables firent défaut. Agamemnon n’était pas le fils d’Atrée pour rien : il avait hérité de sa cruauté, au point de ne pas hésiter à sacrifier sa propre fille, Iphigénie, afin d’obtenir les bonnes grâces des dieux. Ce meurtre allait lui attirer la haine de son épouse, Clytemnestre, qui s’allia avec Égisthe et prépara sa vengeance. Et pour ce faire, Clytemnestre eut dix longues années…
Après la guerre et la victoire sur Troie, Agamemnon revint donc avec les principaux princes grecs. Depuis son départ, Clytemnestre régnait sur Mycènes en compagnie d’Égisthe, devenu son amant. Et pendant tout ce temps, la haine de Clytemnestre et d’Égisthe à l’égard d’Agamemnon n’avait fait que grandir. Aussi, à peine fut-il revenu, qu’il fut assassiné par sa femme et son cousin. Mais, comme toujours chez les Atrides, le sang appelle le sang : Oreste, fils unique d’Agamemnon et de Clytemnestre, vengea le meurtre de son père en tuant sa mère et son amant. Et, bien qu’ayant agi sur le conseil de l’oracle de Delphes, Oreste allait, par cet acte, déchaîner les Furies qui le poursuivirent sans relâche, jusqu’à ce qu’il obtienne le pardon des dieux devant le tribunal de l’Aréopage. Un jugement qui mit fin à la terrible malédiction des Atrides…