La malédiction des pharaons

Toutankhâmon (v.1354-1346 avant J.-C.).
Toutankhâmon (v.1354-1346 avant J.-C.).

1923 : Howard Carter et lord Carnavon mettent au jour un des joyaux de la Vallée des rois : la tombe de Toutankhâmon. Mais à quelques années après cette découverte majeure, on dénombre pas moins de vingt-trois décès, plus ou moins étranges ou suspects parmi les membres de la célèbre expédition. Immédiatement, la nouvelle fait le tour du monde : ils ont été victimes de la malédiction du pharaon. D’ailleurs, ne trouve-t-on pas des inscriptions menaçantes dans les tombes égyptiennes ? Les malédictions, dont on prenait soin de parer les défunts se seraient-elles réalisées ? Le sort de l’expédition Carter-Carnavon va être la preuve, pour peu qu’on soit doté d’un peu d’imagination, qu’on ne pénètre pas impunément dans les pyramides d’Egypte. Des romans, des films, mêmes certains ouvrages plus ou moins scientifiques vont faire leur miel de cette aventure et de cette réputation, désormais établie. Pourtant, tous ceux qui croient à cette fameuse malédiction paraissent avoir omis un détail d’importance : car si Toutankhâmon est si célèbre ce n’est pas en raison d’une vie édifiante mais pour la simple raison que son tombeau est un des rares, pour ne pas dire le seul, qui contenait encore la plus grande partie de son mobilier funéraire, de ses trésors !
Hiéroglyphe trouvés dans une tombe égyptienne.
Hiéroglyphe trouvés dans une tombe égyptienne.

Certes, les tombes renfermaient bien des malédictions ou des inscriptions menaçant de la vengeance du défunt tout violateur. Certes, la loi des pharaons punissait ses pilleurs d’avoir le nez ou les oreilles coupées, d’être battus ou simplement tué… Mais force est de constater que tout ces menaces, légales ou d’outre-tombe, n’ont produit que bien peu d’effet. Déjà, à l’époque pré-dynastique (de 4000 à 3000 avant J.-C.), les pilleurs de tombes vont s’attaquer aux trésors ensevelis. Les gardes, les pierres scellant l’ouverture : rien n’y fera et toutes les tombes royales seront visitées. Même celle de Toutankhâmon, qui sera, on l’a dit, relativement épargnée. Il apparaît même que la pillage des tombes était une activité touchant toutes les catégories sociales. Dans le Conte de Rhampsinite, Hérodote rapporte notamment l’histoire d’un architecte qui, lors de l’édification d’une pyramide, avait prévu un passage connu de lui seul, afin de vider plus aisément la tombe de ses trésors !
De fait, il paraît assez évident que, si les Egyptiens croyaient en une vie après la mort, ils n’imaginaient pas sérieusement de se voir poursuivi par une quelconque malédiction, un quelconque fantôme… Une croyance qui, de fait, ne semble émouvoir que les esprits très cartésiens, sans croyance et sans Foi, des Européens du XXe siècle…