La Question romaine : la valse hésitation de Napoléon III

Napoléon III (1808-1873).
Napoléon III (1808-1873).

Depuis l’époque carolingienne, et plus précisément depuis la donation de Pépin, l’Eglise avait acquis des Etats qui étaient sensé assurer son indépendance et ne placer le pape sous l’autorité de personne. Telle était le sens de cette donation, comme ce sera le sens de celle de la comtesse Mathilde qui, au XIIe siècle, avait légué au Saint-Siège tous ses Etats, comprenant la Toscane et une grande partie de la Lombardie. Une seconde dotation qui, dans les faits, donnait une réelle indépendance au pouvoir spirituel sur le plan temporel. Le Moyen Âge sera émaillé de tentatives de reconquête de ces Etats comme d’épisodes illustrant la lutte entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel -notamment sous les Hohenstaufen. La question, finalement, semblait être réglée quand, au XIXe siècle, l’Italie partie à la conquête de son indépendance… sous le regard bienveillant de la France.
La Question romaine concerne le problème posé par la survivance de ces Etats pontificaux à cette époque et dans ce contexte.
Caricature anglaise représentant Napoléon III servant à la fois le pape et Garibaldi.
Caricature anglaise représentant Napoléon III servant à la fois le pape et Garibaldi.

A partir de 1848, l’Italie entre dans une ère de révolution unitaire et républicaine. La France la soutient à tout point de vu… exceptée sur la Question des Etats du pape. Et de fait, c’est à une véritable valse hésitation de Napoléon III que l’on assiste. Après avoir tenté de raisonner le pape par les ambassades de Rayneval et de Grammont afin de convaincre le pape Pie IX de laisser le Piémont entrer dans l’unité italienne, Napoléon III s’engagea militairement aux côtés des Piémontais dans la guerre de 1859. Mais le dilemme de l’empereur français était de savoir où devait s’arrêter l’indépendance : l’Italie toute entière devait-elle s’affranchir ou laisser au Pape ses Etats ? S’aliéner les catholiques de toute l’Europe -et notamment les Français ou irriter les Italiens ? Influencé par sa femme, favorable au pape, et par les intérêts de son cousin, gendre de Victor-Emmanuel II, Napoléon III n’arrivait pas à se décider. En 1860, il conseilla au Pape, par brochure interposer, de se résigner à céder ses Etats -"plus l’Etat est petit plus le souverain sera grand"- ce qui devait soulever une forte opposition des catholiques français. La même année, Cavour se vit encouragé à faire passer des troupes piémontaises par les Etats pontificaux pour empêcher Garibaldi de proclamer une République italienne à Naples. Mais, parallèlement à cela, l’empereur allait envoyer une garnison militaire à Rome et entretenir chez les catholiques l’espoir d’un maintien du pouvoir temporel du Souverain pontife.
Au final, personne n’était réellement satisfait et Napoléon III devait promettre le retrait de la garnison française pour 1866, à condition que l’Italie renonce à envahir Rome. L’arrivée imminente des troupes de Garibladi allait annoncer le retour des troupes françaises qui ne quitteront la Ville éternelle qu’en 1870… laissant libre cours aux troupes garibaldiennes.