La religion shinto ou « la voix des dieux »

Combattants japonais protégeant l'île d'une invasion chinoise (dessin japonais).
Combattants japonais protégeant l’île d’une invasion chinoise (dessin japonais).

C’est à tort que l’on fait généralement du Japon un pays bouddhiste. Car s’il a effectivement intégré le bouddhisme, c’est en le dévoyant, en le mélangeant à la religion ancestral du pays : le shinto.
Religion animiste reconnaissant l’existence de milliers de divinités, la religion shinto, dont le nom signifie "la voix des dieux", tourne autour de trois divinités majeures : la déesse solaire Amaterasu, le dieu de la lune Tsukiyomi et le dieu des océans Susanowo. Très rapidement, le mythe solaire va se confondre avec le mythe de la divinité impériale, le premier empereur légendaire du Japon, Jimmu Tenno, étant considéré comme le descendant de la déesse Amaterasu. La religion allait être, de fait, étroitement liée à l’Etat. Un lien entre gouvernement et religion, entre empereur et dieux qui explique que lors de l’apparition du bouddhisme, auquel la religion shinto ne put s’opposer totalement, une sorte de syncrétisme entre les deux religions se soit fait jour. Le ryobu-shinto, résultat de ce mélange entre religion shinto et bouddhisme devait perdurer durant près d’un millénaire, du VIIIe siècle au XVIIIe siècle. Il devint même la religion officielle du Japon alors que le bouddhisme pur se verra cantonné à l’enseignement de quelques sectes.
Alors que le XVIIIe siècle voyait l’émergence d’un désir de libération du système féodal des shogunats -le pouvoir étant alors détenu par la noblesse-, la religion shinto allait également connaître un regain de pureté. En effet, et très logiquement étant donné l’étroitesse de lien entre la divinité et l’empereur, le Japon devait se replonger dans un shintoïsme pur, traditionnel, sans "interférence" bouddhiste. Mené par des érudits, les wagakusha, qui exaltaient le passé japonais et l’origine divine des empereurs, le retour du shintoïsme allait engendrer la chute du shogunat et entraîner la révolution nationale de 1868. Une révolution qui sera suivie d’une explosion de fanatisme shintoïste dont le bouddhisme devait faire les frais. Elevé, à nouveau, au rang de religion d’Etat, le shintoïsme ne pouvait, malgré l’interdiction du bouddhisme, effacer mille ans de bouddhisme. D’autant que la religion shinto laissait de vastes carences dans le domaine métaphysique ; d’autant que les Japonais était, malgré tout, imprégnés de bouddhisme. Au final, la politique impériale, à partir de 1884, devait se faire plus souple vis-à-vis du bouddhisme, le shintoïsme devenant plus une religion de la Nation, l’expression de l’attachement des Japonais à leur pays, à ses traditions et à l’empereur.