La « révolution safran » : acte 2

Des moines bouddhistes (photo récente).
Des moines bouddhistes (photo récente).

Birmanie : le nom d’un pays magnifique, un nom associé depuis des années à son icône Aung San Suu Kyi. Depuis quelques jours, ce nom est dans tous les médias : les moines sont dans la rue, cristallisant autour d’eux, grâce notamment à l’autorité morale qu’ils représentent, la révolte sourde de toute une population. Un engagement inespéré de la part de ceux qui se voulaient, jusqu’à ces derniers jours, neutres. Un engagement qui a permis de baptiser ce mouvement du nom très médiatique de « révolution safran ». Un engagement, enfin, qui fait écho à une autre révolte des moines bouddhistes… vieille d’un siècle.
Située aux confins de l’Inde et de la Chine, de tous temps la Birmanie a fait l’objet de nombreuses convoitises, aussi bien pour son  intérêt stratégique que commercial. C’est l’Angleterre qui, bien entendu, va se révéler la plus intéressée par cette contrée, finissant, après trois guerres successives (entre 1824 et 1885) par annexer le royaume qui devient une province de l’empire des Indes. C’est là que se jouera le premier acte de la révolution safran : les moines sortent de leur passivité et engagent la lutte pour l’indépendance. Une indépendance relative, il est vrai, que le pays obtient en 1923.
L’instruction publique, la santé, l’agriculture deviendront des ministères réservés aux Birmans et, en 1937, c’est l’autonomie et le détachement des Indes qu’ils obtiennent. La Deuxième Guerre mondiale –durant laquelle la Birmanie est envahie par les Japonais- achèvera de saper la mainmise anglaise qui reconnaît l’indépendance pleine et entière du pays en 1947 et l’avènement d’une démocratie… qui s’éteint avec la prise de pouvoir par les miliaires en 1962. Un pouvoir que la junte n’a, depuis lors, jamais lâché. Coupée du monde, regardée avec une certaine indifférence par les puissances occidentales, la Birmanie ne semblait plus avoir d’espoir que dans son opposante la plus célèbre… jusqu’à ces derniers jours. Il aura donc fallu une brusque augmentation du coût de la vie –qui, naturellement, diminue les offrandes, seul moyen de subsistance des moines- pour que ces derniers, restés jusque-là dans une prudente neutralité, retrouvent l’engagement de leurs aînés. Reste à espérer que le second acte de la « révolution safran » trouve le même écho qu’il y a un siècle…