La Sainte-Vehme frappe encore !

La main de justice de Charlemagne (gravure ancienne), symbole de ce qui avait été perdu.
La main de justice de Charlemagne (gravure ancienne), symbole de ce qui avait été perdu.

Un cérémonial haut en couleur, des rites d’initiation, l’obsession du secret et une justice pour le moins expéditive et radicale : la Sainte-Vehme est à mi-chemin entre la Franc-maçonnerie et le Ku Klux Klan.
Créés sur le modèle des plaids (assemblées) comtaux carolingien, ce qui fera dire à certains que leur origine remonte au haut Moyen–Age, les tribunaux de la Vehme apparaissent en Westphalie au XIIIe siècle. A l’époque, le pouvoir imérial peine à asseoir son autorité : les féodaux s’affrontent sans cesse, au grand damne de la population qui paye un lourd tribu, et la justice impériale est quasi inexistante, ce qui laisse le pays en proie à toutes les exactions. C’est pour palier à cette anarchie judiciaire que devaient être créer les tribunaux de la Sainte-Vehme. Etablis dans chaque comté, ils étaient présidés par un Freigraf, un comte généralement, assisté de quatorze assesseurs, nobles ou bourgeois. A ces derniers revenait le rôle de juges et de bourreaux. Quant aux crimes tombant sous l’autorité judiciaire de la Vehme, ils concernaient la religion, l’honneur, la loi, la trahison, le meurtre, le parjure, la diffamation, le viol, l’abus de pouvoir et, enfin, les crimes contre la Sainte-Vehme elle-même, notamment la révélation de ses secrets par d’anciens membres. Un panel relativement vaste donc, qui allait donner tous les droits à ces tribunaux, au point de faire régner une véritable terreur en Westphalie puis dans toute l’Allemagne. Une terreur semblable à celle que propagera le Ku Klux Klan aux Etats-Unis. Une terreur due avant tout à sa justice expéditive.
Jérôme Bonaparte (1784-1860), roi de Westphalie.
Jérôme Bonaparte (1784-1860), roi de Westphalie.

Si, à l’origine, il y avait bien des sessions publiques pour les délits mineurs, elles disparaîtront rapidement et bientôt les tribunaux de la Sainte-Vehme ne se réuniront que secrètement afin de condamner, uniformément : une seule sentence –la mort- et une exécution immédiate et signée. De quoi faire trembler même les plus hauts seigneurs qui n’étaient pas à l’abri, loin s’en faut, de la justice de la Sainte-Vehme. Où qu’il se trouve en Allemagne, aussi bien caché ou derrière n’importe quel rempart, le condamné était pourchassé jusqu’à ce que la sentence soit exécutée. Une justice des plus sommaires qui due donner quelques mauvaises nuits au duc de Bavière, convoqué en 1429, ou à l’empereur Frédéric III lui-même (1473). La Sainte-Vehme agira ainsi en toute impunité jusqu’au XVIe siècle, époque à laquelle l’empereur Charles-Quint rétablira la justice impériale : l’ordonnance Caroline, en 1532, avait justement pour but de réformer sérieusement la justice germanique et, de fait, retirait à la Sainte-Vehme sa raison d’exister. Le déclin sera immédiat mais il faudra attendre 1808 pour que Jérôme Bonaparte, devenu roi de Westphalie en 1807, supprime définitivement les tribunaux de la Sainte-Vehme.