La vierge du docteur Guillotin

La guillotine (gravure du XIXe siècle).
La guillotine (gravure du XIXe siècle).

L’histoire populaire, couplée à un certain désir de simplification historique, a voulu faire du docteur Guillotin l’inventeur de l’instrument de décapitation qui porte désormais son nom. De fait, Joseph Guillotin a bien popularisé, voir banalisé l’usage que l’on en fit sous la Révolution, mais son rôle n’aura été rien d’autre que celui d’un "commercial" avant la lettre, d’un promoteur. De fait, la guillotine est bien antérieure au XVIIIe siècle et son usage s’étend à travers toute l’Europe.
A l’origine, la décapitation se faisait à la hache ou à l’épée, comme en France ; une épée à deux mains, dite aussi glaive de justice que la justice royale ou seigneuriale était tenue de fournir à l’exécuteur "afin de rendre la justice de messire bourg".
Infligée indistinctement à tous les condamnés, elle va devenir, au fil des siècles, le « privilège » de la noblesse qui la subissait sans déroger. Le condamné pouvait choisir d’avoir les yeux bandés, une option qui était rarement choisie l’imposition du bandeau étant alors considéré comme une aggravation ignominieuse de la peine. Le condamné se mettait ensuite à genoux, posait son  cou sur le billot et subissait la peine, en espérant que le bourreau soit suffisamment habile et que son instrument soit correctement aiguisé. De fait, la plupart du temps, le bourreau, lorsqu’il était professionnel, faisait son office d’un coup d’un seul. Le problème sera donc lorsqu’il n’était guère qu’un amateur, ce qui sera longtemps le cas en France notamment, où le dernier arrivé dans un village ou un bourg se voyait désigné, d’office, comme bourreau. On cite d’ailleurs des cas où l’exécuteur devra s’y reprendre à onze fois, d’autre où il ira jusqu’à rompre son épée !
Une décapitation avec la hache à deux mains, d'après une iconographie du XVe siècle.
Une décapitation avec la hache à deux mains, d’après une iconographie du XVe siècle.

C’est sans doute dans le désir de parer à ces travers qu’allait naître l’instrument désormais connu en France sous le nom de guillotine. Un instrument qui apparaît dès le XVIe siècle en Ecosse, où il porte le nom de maiden -la vierge-, de diele, hobel ou dolabra en Allemagne, de mannaia en Italie ou en Provence. La tradition populaire veut que ce soit le comte de Morton, régent d’Ecosse, qui, durant la minorité de Jacques VI, ait fait fabriqué une des premières maiden… sur le modèle d’une machine existante à Halifax, dans le comté d’York. Une précision qui induit donc, logiquement, l’antériorité de la machine du comte de Morton.
La guillotine est d’ailleurs très exactement décrite dans les Chroniques de Jean d’Auton, à propos d’une exécution faite à Gênes au début du XVIe siècle. Deux gravures allemandes, exécutées vers 1550 par Pencz et Aldegrever, offrent aussi la représentation d’un instrument de mort presque identique à la guillotine ; enfin, la même machine se trouve figurée sur un bas-relief de la même époque, lequel se trouve encore placé dans une des salles du tribunal de Lunebourg, en Hanovre.
Peu importe cependant, la tradition anglaise, tout en reconnaissant implicitement ses lacunes, ayant alors le pas sur la réalité historique. Comme pour Guillotin en France. Une similitude qui ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque Morton comme le Français resteront, dans les Annales, comme les premières victimes de leur soi-disant invention. Vraisemblablement, le comte de Morton ne connaîtra pas le couperet fatidique, pas plus que Guillotin qui mourra, quelques vingt années après la Terreur, dans son lit…