L’adoubement, une cérémonie « barbare »

Une cérémonie d'adoubement (d'après une iconographie du XIXe siècle).
Une cérémonie d’adoubement (d’après une iconographie du XIXe siècle).

Que serait le Moyen Âge sans les chevaliers ? Que serait-il donc sans l’adoubement, cette cérémonie qui faisait d’un simple écuyer un chevalier ? Véritable image d’Epinal, elle incarne le Moyen Âge tel qu’on aime se le représenter, au point d’ailleurs qu’on la confond généralement à l’incontournable hommage vassalique. Pourtant, ces deux cérémonies n’ont aucun rapport entre elles, exceptée peut-être leur origine. Car l’hommage comme l’adoubement sont un héritage direct des royaumes barbares, des tribus germaniques.
Avant l’adoubement proprement dit, le jeune noble doit faire son éducation. Et, on s’en doute, les pères de famille devaient être particulièrement pointilleux sur la personne qui serait en charge de cette éducation qui, rappelons-le, s’étalait de la septième à la quatorzième année du jeune garçon. Le plus souvent, cette tâche devait échoir à un parent , un oncle notamment, comme le roi Marc qui accueille Tristan dans Tristan et Iseult. Et, chose étonnante, il s’agissait le plus souvent d’un oncle maternel.
Mais pourquoi déléguer une tâche aussi importante et délicate ?
On sait le rôle essentiel des femmes dans les tribus germaniques. Gardiennes de la mémoire et du savoir, elles transmettaient la noblesse –le sang- mais aussi les symboles de la royauté. Pour Michel Rouche, spécialiste du Haut Moyen Âge, il existait un matriarcat solide qui permettait à la femme de choisir, dans sa famille propre, celui qui allait éduquer tel ou tel de ses enfants.
Ce schéma, que l’on retrouve au Moyen Âge, apparaît clairement dans les premiers romans de chevalerie, comme le Beowulf, un poème héroïque du VIIIe siècle tiré d’une légende scandinave.
Son éducation faite, l’écuyer est fin prêt pour entrer dans la grande confrérie des chevaliers.
Ayant mis genoux en terre devant son seigneur, il courbe l’échine et se voit « adouber », c’est-à-dire frapper, à l’épaule ou à la nuque. Et si la cérémonie médiévale implique l’utilisation du plat de l’épée, à l’origine, c’était du plat de la main, afin de prouver qu’il était fin prêt à résister, à batailler.
Véritable « rite d’initiation », l’adoubement gardera toujours un caractère particulier, une aura qui remonte peut-être aux temps lointains où la force d’un guerrier faisait toute sa noblesse.