Lancelot du Lac : le parfait chevalier

Page de garde du Lancelot en prose, sur laquelle on peut reconnaître Lancelot et Guenièvre.
Page de garde du Lancelot en prose, sur laquelle on peut reconnaître Lancelot et Guenièvre.

Il a pas moins de huit siècles et pourtant, Lancelot du Lac est sans nul doute le plus célèbre des amants. Il en est même l’archétype. Depuis huit siècles, il sert de modèle aux amants malheureux, quand rien ne le prédestinait à cela. De fait, Lancelot, pourvu de tous les dons, de toutes les qualités, avait tout pour être le parfait chevalier. En un sens, il le deviendra d’ailleurs, mais à travers son amour interdit, par cet amour pour la femme d’un autre.
Fils du roi de Bretagne, Lancelot est né en petite Bretagne, un territoire qui s’étendait alors de Vannes à Bellême, du Mont-Saint-Michel au Mans. Enlevé dès le lendemain de sa naissance, il sera élevé par la Dame du Lac -d’où son nom- qui le considérera comme un fils. Déjà, le destin de Lancelot est exceptionnel. Car la Dame du Lac est une fée et que comme toutes les fées elle est un être de l’Autre monde ; un monde qui est autant celui des morts que celui du savoir -seule la mort apporte la connaissance et la compréhension du monde. Comme toutes les fées également elle fait le lien entre le monde des vivants et celui des morts, entre le monde naturel et le monde surnaturel. C’est donc dans cet environnement particulier que Lancelot est éduqué. C’est dans cet environnement qu’il acquiert son statu de plus pur et plus parfait des chevaliers… jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de la reine Guenièvre.
Cet amour malheureux, vraisemblablement inassouvi, provoquera la perte de Lancelot. A cause de cet amour, il quittera la cour du roi Arthur ; à cause de cet amour aussi, il perdra son statu de chevalier pur et parfait, statu que récupérera son fils, Galaad. Pur, certainement, Lancelot ne le sera plus dès l’instant où son cœur succombera à l’amour de Guenièvre. Mais parfait ? De fait, Lancelot et Guenièvre ont ou non -selon les versions de l’histoire arthurienne- résisté l’un à l’autre. Mais surtout, le chevalier parfait, le parfait chevalier des romans courtois ne doit-il pas aimer sa dame, ou plutôt celle de son seigneur. N’est-ce pas dans l’ordre des choses ? N’est-ce pas même un signe de plus de la vassalité du chevalier envers son suzerain ? Car c’est bien ainsi qu’il faut voir l’amour courtois : un signe extérieur de puissance pour le suzerain, signe qui passe par une Dame devenue objet de convoitise, mais un objet jamais possédé… En cela, certainement, Lancelot du Lac était, est et sera encore longtemps le parfait modèle des chevaliers.