Le chevalier d’Eon : « cherchez la femme »

Le chevalier d'Eon en capitaine des Dragons (1728-1810).
Le chevalier d’Eon en capitaine des Dragons (1728-1810).

Londres, le 21 mai 1810, dix heures du soir : une vieille femme expire, assistée d’un prêtre et de sa dame de compagnie. On ne saura que plus tard que la dite « vieille femme » n’était autre que… le chevalier d’Éon. Mais, au fait, chevalier ou chevalière ?
Fils d’un avocat au Parlement de Bourgogne, avocat lui-même, Charles, Geneviève, Louise, Auguste, André, Thimothée d’Éon de Beaumont quitte bien vite la robe de magistrat pour entamer une carrière internationale… d’agent secret. Sa première mission le conduit en Russie. C’est également la première fois que son travestissement est avéré. Car c’est  sous le nom de Lya de Beaumont et en tant que lectrice à la cour de la tsarine Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, que l’agent secret de Louis XV opère. La délicatesse de ses traits et un art consommé du déguisement assure son succès.
De retour en France, la lectrice redevient chevalier. Le capitaine des Dragons, bretteur de première force, se distingue tout particulièrement lors de la guerre de Sept Ans puis, au terme de celle-ci, reprend du service au «  Secret du roi ». Envoyé en Angleterre comme secrétaire d’ambassade, le chevalier se joue de la réputation qu’on lui prête : homme, femme, hermaphrodite ? Les paris vont bon train à la cour anglaise. Ne dit-on pas que Beaumarchais, lui-même agent du roi, aurait demandé «  mademoiselle de Beaumont » en mariage ? Beaumont n’en a cure et entretient volontiers l’ambiguïté. N’est-il pas un des agents du roi, un de ceux en qui il place sa confiance ? Le changement de souverain va annoncer le discrédit de Beaumont. Sommé par Louis XVI, qui ne l’aime guère, de remettre sa correspondance avec Louis XV puis, de ne plus quitter l’habit féminin, le chevalier finit part s’installer définitivement à Londres, en 1783.
La Révolution et une multitude de dettes entraînent sa déchéance. Pourtant, jusqu’au bout, Beaumont entretiendra le doute et c’est sous l’habit de femme qu’il meurt. Le rapport d’autopsie cependant est formel : le chevalier n’était pas une chevalière !