Le Colosse de Rhodes

Le colosse de Rhodes, d'après une gravure ancienne.
Le colosse de Rhodes, d’après une gravure ancienne.

Et qui oserait me disputer le premier rang, interroge le Colosse de Lucien de Samosate, auteur satirique du IIe siècle après J.-C., dans la pièce Jupiter tragique. Qui l’oserait à moi qui suis le soleil et dont la taille est si gigantesque ? Si les Rhodiens n’eussent pas voulu me donner une grandeur énorme et prodigieuse, ils se seraient fait seize dieux d’or pour le même prix. Je puis donc, avec quelque raison, passer pour le plus riche ; d’ailleurs, l’art et la perfection de l’ouvrage s’unissent en moi à une pareille grosseur.
Passant successivement, durant les nombreux conflits du IVe siècle avant J.-C., sous la domination de Sparte puis d’Athènes, Rhodes s’était toujours révélée une cité relativement peu combative. Aussi, lorsque le général macédonien Démétrios Poliorcète, ce qui signifie « le preneur de villes », mit le siège devant la cité, en 305, il ne s’attendit pas à la moindre résistance. Étonnamment, Rhodes résista… un an durant et finalement le Macédonien céda, laissant même derrière lui ses machines de guerre.
Les Rhodiens se devaient d’immortaliser cet exploit, jusqu’à présent unique dans leur histoire, et édifièrent pour l’occasion le célèbre Colosse de Rhodes qui devait garder l’entrée du port. Plus tard, les Rhodiens, visiblement satisfaits de leur « œuvre », multiplièrent les statues, au point que la ville compta jusqu’à cinq cents statues d’airain, disséminées à travers la ville, parmi lesquelles, selon Pline, « cent autres colosses plus petits ». Mais pas une n’atteindra la taille du premier.
Statue d’airain, sise au sommet d’une colonne de cent coudées, selon Ampélius, le colosse de Rhodes était une représentation du soleil. Il n’était ni très beau, ni fait de métaux précieux : il était simplement gigantesque et c’est cette envergure seule qui le fera désigner comme une des Sept Merveilles du monde et qui marquera les antiques, même après sa destruction par un tremblement de terre en 225 avant J.-C..
Tout abattue qu’est cette statue, dira Pline, elle excite l’admiration : peu d’hommes en embrassent le pouce, les doigts sont plus gros que la plupart des statues. Le vide de ses membres rompus ressemble à de vastes casernes. Au dedans, on voit des pierres énormes par le poids desquelles l’artiste avait affermi sa statue en l’établissant. Elle fut achevée, dit-on, en douze ans et coûta trois cents talents provenant des machines de guerre abandonnées par le roi Démétrios…