Le Graal : quête et résurrection

Galaad et ses compagnons trouvant le Graal (gravure moderne).
Galaad et ses compagnons trouvant le Graal (gravure moderne).

Plus qu’une légende, la quête du Graal se veut une leçon de spiritualité où les valeurs les plus chrétiennes et les plus saintes sont placées au premier plan. D’inspiration cistercienne, l’œuvre du Graal rappelle le dur chemin de l’homme vers sa rédemption. Mais qu’est-ce que le Graal ?
Le Vendredi saint, au pied de la croix, Joseph d’Arimathie, un des disciples de Jésus, tenait entre ses mains la coupe dont le Christ s’était servi la veille au cours de la Cène. Dans cette coupe, Joseph put recueillir un peu du sang du Christ qui coulait de son côté, transpercé par la lance d’un soldat romain. Plus tard, Joseph, qui est considéré dans « La quête du Graal » comme le premier évêque, partit de Palestine et s’installa en Europe. Ses fils et ses petits-fils après lui prirent soin du Graal mais finirent par l’enterrer. C’est alors que les chevaliers de la Table ronde décidèrent d’entreprendre cette quête. Partant chacun de leur côté, ils avaient cent un jours pour le trouver et le ramener au roi Arthur.
Galaad, Perceval et Bohort trouvèrent le château où était caché le Graal, celui de Corbenic, et assistèrent ensemble à une cérémonie qui leur révéla partiellement les secrets du Saint Graal.
 …Ils entendirent alors une voix qui disait :
-Que ceux qui n’ont pas pris part à la Quête du Saint Graal s’éloignent d’ici, car il ne leur sera pas permis de rester.
Ceux qui étaient restés virent descendre du ciel, à ce qui leur sembla, un homme vêtu comme un évêque, la crosse à la main et la mitre sur la tête. Quatre anges, qui le portaient sur un trône somptueux, l’installèrent près de la Table où était le Saint Graal. Cet homme, semblable à un évêque, avait sur le front une inscription où l’on pouvait lire : « Voici Joseph, le premier évêque des chrétiens, celui-même que Notre-Seigneur a consacré dans la cité de Sarras, dans le Palais Spirituel ». Les chevaliers déchiffrèrent l’inscription mais se demandèrent ce qu’elle pouvait bien signifier puisque le Joseph dont elle parlait était mort depuis trois cents ans. Mais l’homme, s’adressant à eux, leur dit :
-Ha ! Chevaliers de Dieu, soldats de Jésus-Christ, ne vous étonnez pas de me voir ainsi devant vous auprès de ce Saint Vase. En effet, de même que je l’ai servi durant ma vie terrestre, de même je le sers dans le monde céleste.
À ces mots, il s’approcha de la table d’argent et se prosterna devant l’autel, coudes et genoux en terre. Un long moment après, prêtant l’oreille, il entendit la porte de la salle s’ouvrir et claquer avec violence. Il regarda dans cette direction, ainsi que les chevaliers, et tous virent alors s’avancer les anges qui avaient porté Joseph. Deux portaient deux cierges, le troisième, un linge de soie rouge et le quatrième, une lance qui saignait si abondamment que les gouttes tombaient dans un coffret que l’ange tenait dans l’autre main. Les deux premiers mirent les cierges sur la table, le troisième déposa le linge près du Saint Vase, tandis que le quatrième tenait la lance toute droite au-dessus pour qu’y soient recueillies les gouttes du sang qui coulaient de la hampe.
Alors Joseph se leva et écarta un peu la lance du Saint Graal qu’il recouvrit d’un linge. Puis, il commença, leur sembla-t-il, à célébrer la messe.
Au bout d’un moment, il prit dans le Saint Graal une hostie qui avait l’apparence du pain. Or, comme il l’élevait, descendit du ciel un être semblable à un enfant, dont le visage était comme embrasé de feu. L’enfant se fondit dans le pain, si bien que les assistants virent distinctement que le pain avait pris la forme d’un être de chair.

Ce sont là les uniques révélations que la légende arthurienne fait sur le Graal. Seul Galaad, le chevalier le plus pur, le chevalier chaste et vierge, sera  jugé assez digne de contempler, dans toute leur splendeur, les mystères du Saint Graal qu’il prit, dit le texte, « comme le corps de Notre-Seigneur entre ses mains ».
Ainsi en est-il de la quête des chevaliers. Mais qu’en est-il du vase lui-même. Un vase qui est le symbole même de la vie éternelle.

Le chaudron de Gundestrup.
Le chaudron de Gundestrup.

La mythologie celtique de même que les rituels antiques révèlent l’existence de « chaudrons de résurrection », tel le chaudron de Bran. Un « chaudron » sensé apporter la vie après la mort ; un chaudron qui rend ses bénéficiaires muets pour l’éternité, une particularité qui rappelle que celui qui a connu la mort a tout connu, sait tout… et qu’il doit garder ce savoir omniscient secret. Difficile de ne pas voir dans cet instrument de la mythologie celte un écho du saint Graal dont le secret est celui de la connaissance absolue de Dieu. Le chaudron de Gundestrup, découvert dans une tourbière du Jutland, au Danemark, paraît avoir eu la même fonction que les chaudrons de résurrection évoqués dans la mythologie celtique. Orné de plaque dorées représentant une divinité solaire, dotée d’une roue, des serpents à cornes et un dieu coiffé de bois de cerf, il évoque clairement le passage vers la mort… et la résurrection. Preuve en est la divinité solaire, symbole de vie, et le dieu à tête de cerf, qui ressemble étrangement à Cernunnos, dieu de la fertilité mais sans doute aussi divinité psychopompe –c’est-à-dire qui est en charge des âmes vers le monde des morts. Quant aux serpents, ils sont, dans toutes les mythologies, les symboles du cycle éternelle de la vie et de la mort.
De fait, il est évident que le Graal autant que sa quête s’inscrivent dans la droite ligne des croyances anciennes.