Le meurtre des enfants d’Edouard

Portrait de Richard III d'Angleterre (1452-1485).
Portrait de Richard III d’Angleterre (1452-1485).

Chaque pays, chaque dynastie presque a son fantôme, son revenant miraculeux, son prétendant mystérieux : on ne compte plus les pseudos Louis XVII, la fausse Anastasia a su, jusqu’à sa mort, garder l’énigme de son identité et le mystère Gaspard Hauser fascine encore l’Allemagne. En Angleterre, c’est l’aventure de Perkins Warbeck, prétendant être un fils d’Edouard IV, qui déchaîna et déchaîne encore les passions. Et pas seulement son personnage. Car la mort même des enfants d’Edouard a conservé sa part d’ombre.
Après des années de lutte, la maison d’York, vainqueur de la guerre des Deux-Roses, monte enfin sur le trône en la personne d’Edouard IV. Un règne bienvenu après tant d’années de luttes intestines, d’incertitudes. Un règne d’à peine vingt ans, vingt années durant lesquelles son frère, Richard, fera preuve d’une loyauté à toute épreuve. Une loyauté qui, finalement, ne devait guère résister à l’appel du pouvoir.
La mort soudaine d’Edouard (1483) était un cadeau inespéré pour cet éternel second rôle qui, s’instituant régent pour ses neveux, ne tarda pas à s’emparer du trône et à les faire enfermer dans la Tour de Londres. Le Parlement, lâche et sans doute effrayé par l’idée d’une nouvelle guerre civile déclara dans la foulée les fils d’Edouard inaptes à la succession car adultérins.
Le crime ne paie pas
La discussion ne semblait plus possible et Richard III fermement installé sur le trône. Pourtant, après l’été 1483, on entendit plus parler d’Edouard (V) et de son jeune frère, Richard duc d’York. Ont-ils été assassinés ? C’est vraisemblable bien que la question soit, encore aujourd’hui sujette à controverse. Et s’ils sont morts, l’assassin est, à n’en pas douter, Richard III, leur oncle. Un oncle qui préférait les écarter définitivement du trône. Tel est du moins d’opinion de Shakespeare qui, dans la pièce éponyme, brosse un portrait effrayant du second roi de la maison d’York. C’est également l’opinion des plus fervents opposants historiques de Richard III, les mêmes qui soutiennent malgré tout la thèse de la survie d’un des enfants, Richard d’York.

Les enfants d'Edouard IV, d'après un tableau célèbre.
Les enfants d’Edouard IV, d’après un tableau célèbre.

De fait, l’action du Parlement qui avait accusé Elisabeth Woodville, l’ancienne reine, d’adultère, était insuffisante. Toute usurpation, on le sait, entraîne immanquablement une réaction : la noblesse se divise, s’oppose. Elle l’avait fait durant la guerre des Deux-Roses, qui opposait les York aux Lancastre. Une guerre qui n’était pas totalement éteinte puisque la rose rouge des Lancastre survivait en la personne d’Henri Tudor, comte de Richemont. Et Richard n’avait certainement pas les moyens de s’aliéner la noblesse par deux fois. De fait, deux ans à peine après sa prise de pouvoir, Richard III allait mourir dignement sur le champ de bataille de Bosworth, contre l’assaut des troupes du Tudor.
Le « retour » du duc d’York
Mais si le meurtre des enfants d’Edouard ne fait guère de doute, l’histoire ne s’arrête pas là. Nombreux étaient ceux qui ne pouvaient croire que Richard avait fait verser son propre sang. Encore plus nombreux ceux que ne satisfaisait pas le nouveau roi, Henri VII. A peine ce dernier sur le trône, les déçus du règne Tudor allaient voir leur espoir renaître en la personne de Perkins Warbeck, un aventurier flamand qui prétendait être Richard d’York, le second fils d’Edouard IV. L’affaire fera long feu non seulement parce qu’une tante du jeune duc d’York cru reconnaître son neveu en la personne du Flamand, mais surtout parce que c’était l’occasion, inespérée, de s’opposer à Henri VII. Et si la politique du Tudor avait apportée plus de satisfaction, nul doute que jamais le « revenant » n’aurait eu un tel pouvoir. Mais malgré ses succès militaires, malgré le soutien de la France et de l’Ecosse, trop heureuse d’embarrasser la couronne anglaise, le prétendant au trône échouera dans sa conquête du royaume. Abandonné par ses troupes, livré à Henri VII, Warbeck sera condamné à la prison à vie avant d’être purement et simplement exécuté…