Le Parlement anglais face à la traite

« Il se prépare actuellement dans les deux chambres du Parlement une discussion digne de la curiosité de ceux qui prennent part à la cause de l’humanité, raconte, le 22 mai 1789, la Gazette de Leyde. Il s’agit de la suppression pleine et entière de la traite des nègres, projet qu’on attribue au Premier ministre, mais qu’on combat dès à présent avec beaucoup de chaleur par les armes de la politique et de l’intérêt du commerce.
Le gouvernement a déjà fait imprimer, pour l’usage de la Chambre des Communes, le rapport du Conseil privé contenant toutes les recherches qu’on puisse désirer sur la navigation de la côte d’Afrique, le commerce des esclaves noirs et les réclamations des planteurs noirs des Antilles. Le 20, il fut présenté aux Communes plusieurs requêtes contre ce projet, nommément de la part des négociants et armateurs de Londres, intéressés au commerce de la côte d’Afrique ; des agents des planteurs et autres demeurant à Liverpool ; de la corporation de Liverpool même ; des agents de l’île d’Antigua ; des manufacturiers de Manchester, etc. L’on sent que le principal argument de toutes ces pétitions est de dire que, parce que le commerce ou les manufactures des requérants perdraient beaucoup à la suppression de la traite des nègres, il faut absolument la maintenir ; et que, pour ne point porter atteinte à la bourse, aux richesses, au luxe des Européens, le malheur et la destruction de l’espèce noire de la race humaine doivent être perpétués à jamais. »
Les intérêts commerçiaux passeraient-ils encore avant les beaux sentiments ?