Le parti de l’Ordre ou la manipulation du prince-président

Charles de Montalembert (1810-1870), un des fondateurs du parti de l'Ordre.
Charles de Montalembert (1810-1870), un des fondateurs du parti de l’Ordre.

On a souvent fait de Napoléon III un être falot, peu au fait de la politique. Pourtant, c’est avec une habileté remarquable que, durant les années 1849 à 1851, il va manipuler, à son avantage, le parti de l’Ordre.
Le règne de Louis-Philippe Ier (1830-1848) avait été celui de la bourgeoisie. Une bourgeoisie qui faisait reposer ses ambitions sur l’industrialisation et sur la spéculation boursière, deux phénomènes qui, vers 1846-1847, allaient sombrer dans une crise sans précédent. La paupérisation des campagnes mais surtout des milieux ouvriers, le vent de révolte que semblait souffler menaçaient le régime tout entier. Et il paraissait évident que Louis-Philippe, qui avait mollement mené la campagne d’Algérie, qui avait mollement répondu aux désirs guerriers des anglophobes et qui avait tout bonnement ignoré la révolte de la rue, ne saurait faire face. L’opposition républicaine, de son côté, s’était concentrée dans une opposition au régime électoral. Le renvoi de Guizot, en 1847, ne devait être que le prélude à l’inévitable : l’insurrection de Paris et l’abdication du roi. En 1848, la IIe République était donc proclamée. Une république qui avait elle-même ses opposants, parmi lesquels les légitimistes, les orléanistes et les divers forces de droite regroupées en un seul mouvement : le parti de l’Ordre.
Né en 1849, ce parti de l’Ordre avait pour chef des hommes comme Odilon Barrot, Montalembert, Molé, Berryer. On compta même Victor Hugo parmi ses membres, mais pour peu de temps. Largement majoritaire à l’Assemblée de 1849, le parti de l’Ordre devait donner entière satisfaction aux catholiques en initiant l’expédition de Rome, en promulguant la loi Falloux sur l’enseignement secondaire. Mais les lois sur la presse, celle sur la déportation des insurgés d’Algérie ou encore celle sur la restriction du suffrage universel devaient fortement le déconsidérer dans l’opinion. Sans compter un oubli total des problèmes sociaux au cœur de la révolution de 1848. Voilà qui allait faire le jeu de Louis-Napoléon Bonaparte qui se présentera alors comme un dictateur populaire et social.