Le PCF : chronique d’une mort annoncée

Sigle du Parti communiste.
Sigle du Parti communiste.

L’imbroglio politique dans lequel la France est plongée depuis quelque temps ne manque pas d’en étonner plus d’un. Divisions au sein du PS, qui va bien finir par opérer une scission ; création du Modem et d’un centre droit affilié à l’UMP ; multiplication des listes –dans l’espoir de gagner quelque argent- à la veille des législatives… A croire que le monde politique français est devenu fou ! Ce n’est pourtant pas la première fois que la politique française opère de profondes mutations : René Rémond, décédé peu avant les élections présidentielles, avait fait sa réputation en explorant l’évolution de la droite –ou plutôt des droites- en France. Initialement monarchiste, regroupant Ultras, les Orléanistes –monarchie constitutionnelle- et les bonapartistes, celle-ci était devenue républicaine et libérale, repoussant la gauche vers les mouvements socialiste et communiste. Naturellement, en fonction du paysage politique lui-même, en fonction également des événements nationaux et mondiaux, les partis politiques sont amenés à évoluer. C’est de cette évolution également que sont nés les partis socialistes et communistes, scindant en deux une idéologie originellement commune. L’histoire va révéler une certaine évolution du Parti socialiste, contrairement au Parti communiste, dont les principes paraissaient immuables. Comment expliquer, alors, la lente érosion du Parti communiste et, aujourd’hui, sa quasi disparition ?
Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, le PCF, jouant habillement sur le registre de la Résistance, atteignait des sommets en terme d’adhésion et de suffrages. Soixante ans plus tard, il ne recueille plus que 1,93% des voix lors d’une élection présidentielle. La faute à qui ? La faute à quoi ?
La fin des illusions

Le crucifié du Goulag (iconographie du XXe siècle).
Le crucifié du Goulag (iconographie du XXe siècle).

En 1974, le monde semblait découvrir avec effarement des conditions de vie des soviétiques avec la parution de l’Archipel du Goulag, d’Alexandre Soljénitsyne. L’existence des goulags devait mettre un terme à l’idéalisation du monde soviétique et conduire le PCF à abandonner officiellement sa référence à l’URSS. Une décision qui ne remettait nullement en cause les valeurs profondes que défendaient les communistes français. Si cela s’est traduit par une baisse des suffrages en leur faveur, elle ne fut que minime. La mort annoncée du Parti communiste ne devait pas venir de l’URSS mais bien du Parti lui-même. On aura beau jeu de dire que la multiplication des partis « à la gauche de la gauche » achèvera de faire sombrer le PCF. Telle est en tout cas l’analyse de beaucoup de commentateurs et du PCF lui-même. C’est donc aux autres qu’incombe la faute : les autres partis, les électeurs, par définition volatiles en France… En bref, pas une fois les dirigeants communistes ne se remettront en cause. Et pourtant : une simple étude des dates et des chiffres, des discours et des interventions télévisées apportent une toute autre réponse.
1974 et la publication de l’Archipel du Goulag ne sera qu’un mauvais coup. Le coup fatal, c’est le PCF qui se le donnera en ne se faisant plus le chantre du prolétariat français. Car, à cette époque, de nouveaux travailleurs investissent le marché du travail français. Et c’est en masse qu’ils arrivent suite aux demandes répétées d’un patronat à l’affût d’une main-d’œuvre bon marché.
Le Goulag… des travailleurs français

Affiche célébrant l'avènement du communisme.
Affiche célébrant l’avènement du communisme.

Fidèle à son credo, le PCF va se faire le défenseur des travailleurs français, allant jusqu’à demander que « la venue de nouveaux travailleurs » soit « déterminée, chaque année, en fonction de la politique d’ensemble et des besoins de l’économie ». Ces propos, tenus par Georges Marchais en 1981, illustre la parfaite fidélité du discours du PCF avec les textes de la IIe Internationale. Des propos que Robert Hue et Madame Buffet ne tiendront jamais. Se mettant au diapason des socialistes et des giscardiens, le PCF va, de fait, y perdre son âme… et le soutien de millions de Français. Une stratégie qui va leur faire perdre tout crédit auprès des classes populaires et qui fera passer le PCF de 21,5% des voix en 1969 à 1,93% en 2007.
Floués, trahis par ceux qui étaient leurs meilleurs défenseurs, les travailleurs français vont se tourner massivement vers l’abstention et le vote national, selon une étude publiée par Le Monde en 2002. Et effectivement, le parallèle est saisissant entre le déclin du PCF et la montée du Front national au fil des années. Quant à savoir à qui profitera de sa mort…