Le temps des Titans

Un sacrifice fait aux dieux (d'après une poterie antique).
Un sacrifice fait aux dieux (d’après une poterie antique).

Comme chacun sait, la mythologie grecque est loin d’être uniforme. Elle se joue en deux temps forts : le temps des Titans –c’est la mythologie ancienne ou archaïque- et le temps des Olympiens. Ce sont ces nouveaux dieux qui, au final, règneront sur les croyances grecques. Pourtant, jamais les anciens dieux ne disparaîtront réellement, survivant généralement sous l’apparence de divinités secondaires, de divinités chtoniennes.
Liée à la nature et aux éléments –donc fondamentalement élémentaire-, l’ancienne mythologie grecque célèbre presque exclusivement la Terre, la naissance, le sang et la mort. Toutes les divinités anciennes, qui perdurent à travers les Titans et les êtres du monde souterrain, touchent à ces quatre éléments. Toutes ont ce double aspect, parfois déroutant, d’être à la fois des divinités célébrant la vie, la fécondité, la Terre et la naissance donc, et des divinités de la mort. Un double emploi si déroutant d’ailleurs qu’on a généralement préféré n’en privilégié qu’un. C’est ainsi que les Erinyes, les Moires, Perséphone ou même Hadès apparaissent respectivement comme des Furies vengeresses, les maîtresses du destin –essentiellement de la mort-, la déesse et le dieux des Enfers. Pourtant les Erinyes sont également dispensatrices des bienfaits de la terre, les Moires règnent aussi bien sur la mort que sur la naissance et le mariage –c’est encore plus frappant avec les noms mêmes des Parques romaines- et qu’Hadès et Perséphone sont l’un de « Bon conseil » et l’autre déesse du blé…
Occulter ainsi toute un pan de la personnalité de ces divinités anciennes, c’est oublier l’esprit même des anciens grecs qui célébraient, à travers cette mythologie archaïque, la nature elle-même. Une nature bonne et bienfaitrice… jusqu’à ce qu’on aille contre elle. Une nature qui, parce qu’elle est l’ordre même de la vie, n’accepte aucun désordre, aucune transgression. De la même façon que l’homme, lorsqu’il viole la nature, en paie le prix un jour ou l’autre, ces divinités pouvaient dont se transformer en vengeurs implacables. Pas les vengeurs des dieux –même si par commodité on emploie généralement ce terme- mais les vengeurs de la nature elle-même.