Le trésor de Priam

Heinrich Schliemann (1822-1890), d'après un dessin moderne.
Heinrich Schliemann (1822-1890), d’après un dessin moderne.

Et si le récit d’Homère –auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, était plus qu’une œuvre littéraire ? S’il fallait y voir une œuvre historique, une chronique ? C’est la question que se posa, au siècle dernier, Heinrich Schliemann.
Fils d’un pasteur au mœurs contestables, commis épicier devenu homme d’affaires prospère, Schliemann est un personnage à part dans l’histoire de l’archéologie. Passionné par les récits homériques, autodidacte, il apprend, par simple curiosité intellectuelle, le grec, moderne et ancien, suit des cours de langues orientales, s’initie au sanskrit et enfin à l’égyptologie avant de découvrir, à Pompéï, l’archéologie. Il n’a alors aucune ambition précise… jusqu’à ce qu’il croise la route, en 1867, d’Ernst Ziller. Cet architecte passionné d’archéologie étudie alors l’emplacement hypothétique de la légendaire ville de Troie. Un simple voyage avec l’architecte aux Dardanelles va convaincre Schliemann : il fait sienne la passion de Ziller et se montre persuadé que le récit d’Homère est à étudier au même titre qu’une œuvre historique.
Etant homme à aller au bout de ses idées, il publie, en 1869, Ithaque, le Péloponnèse, Troie, thèse dans laquelle il démontre que le site de Troie ne se situerait pas, comme le pensaient alors les archéologues, à Bunarbashi mais sur la colline d’Hissarlik.
Le site de Troie
Cette même année, sans la moindre autorisation officielle, Schliemann entame les fouilles. Sans aucun résultat probant. Mais l’archéologue amateur, sans se décourager, relance les fouilles en 1872 : la découverte de la Métope du Soleil, élément architectural d’un temple dédié à Athéna encourage le chercheur et commence à susciter des réactions. Et l’année suivante, il met au jour non seulement une forteresse mais surtout 250 objets d’or. Ca y est : il a trouvé «  le trésor de Priam » !
Le nom sonne bien et Schliemann devient une sommité… du moins pour les amateurs. Homme d’affaires redoutable, doué d’un sens de la communication exceptionnel, Heinrich Schliemann a multiplié les articles dans les journaux européens et, ce, tout le temps qu’on duré les fouilles. Ce faisant, il a acquis une notoriété certaine mais uniquement dans les milieux non spécialisés, les Paris-Match de l’époque. A ce moment-là, tout le monde ou presque se pique d’être archéologues et ceux qu’on a appelés les « antiquaires » font fureur. Cependant, s’il acquiert le ralliement des amateurs, Schliemann s’est ainsi attiré le mépris des professionnels. Il faut dire également qu’il multiplie les erreurs de datation, en même temps que les hypothèses les plus romanesques. Le fameux «  trésor de Priam » en est un exemple frappant. Car il ne s’agit évidemment pas des biens du fameux roi de Troie, ce qui n’enlève rien à l’importance de la découverte.
La mauvaise réputation

Gravure représentant le légendaire cheval de Troie qui permis la prise de la ville par les Grecs.
Gravure représentant le légendaire cheval de Troie qui permis la prise de la ville par les Grecs.

Une importance que Schliemann voit très clairement au point de faire passer clandestinement ces découvertes hors de Turquie. Et si, en 1877, lors de l’exposition de son «  trésor » à Londres le succès est au rendez-vous, l’archéologue amateur vient d’achever de se discréditer auprès de la communauté scientifique. Toutes les autres découvertes de Schliemann, comme les sépultures royales de Mycènes ou les masques d’or –dont il prétend qu’il s’agit de celui d’Agamemnon- sont empreintes de doute.
Guidé par ses seuls rêves et ses lectures, Schliemann doit pourtant être reconnu comme un archéologue de génie –les spécialistes le reconnaîtront d’ailleurs. Mais cet homme, qui su si bien gérer ses découvertes comme autant de coups «  marketing » n’aura jamais réussi à « se vendre » et c’est pourquoi le découvreur de la légendaire Troie ne sera jamais regardé qu’avec méfiance et condescendance par ses pairs et par leurs successeurs.