Les Achéens ou l’histoire d’une expansion

Vestiges de la porte des Lionnes, à Mycènes.
Vestiges de la porte des Lionnes, à Mycènes.

Si dans les poèmes homériques le terme d’Achéens désigne indistinctement les Grecs participant au siège de Troie, il est certain qu’ils constituaient une famille bien particulière, sans doute la plus ancienne de la race hellénique.
Arrivés en Grèce au début du IIe millénaire avant J.-C., ces guerriers de type nordique, adeptes de l’usage du cuivre, refoulèrent les Pélasges dans les zones montagneuses et s’établirent en Thessalie puis dans la Grèce centrale et dans le Péloponèse, apportant une nouvelle langue d’où devait sortir le grec. Ignorants des choses de la mer, les Achéens se limiteront longtemps à la Grèce continentale où ils feront émerger la civilisation mycénienne (XVIe-XIIIe siècles avant J.-C.). La porte des Lionnes à Mycènes, l’Acropole de Tirynthe conservent le souvenir de cette race guerrière, prônant la force et la sévérité.
C’est en côtoyant les Crétois que les Achéens vont se faire marins. Ils établissent alors des relations commerciales avec l’Egypte, les Hittites, Chypre enfin. Mais c’est en profitant de la ruine de la civilisation minoenne que la civilisation mycénienne prend toute son ampleur et rayonne alors sur la Méditerranée orientale et en Sicile.
Guerriers grecs (dessin moderne).
Guerriers grecs (dessin moderne).

Vers 1200 avant J.-C., l’arrivée des Doriens -des Indo-européens de race nordique- bousculent les Achéens en Grèce. Sans doute est-ce la raison pour laquelle ils tentent alors de s’établir en Asie. Sans doute aussi est-ce ainsi qu’il faut voir ou interpréter la guerre de Troie (XIIe siècle avant J.-C.). En Grèce même, les Achéens seront désormais confinés en Thessalie et dans la partie septentrionale du Péloponèse qui prendra le nom d’Achaïe. Plus jamais les Achéens ne retrouveront l’aura qu’ils avaient eu. Ce ne sera pourtant pas faute d’essayer.
Au Ve siècle avant J.-C., l’Achaïe regroupe une douzaine de cités unies en une fédération. L’une des plus importantes, Hélikê devait disparaître suite à un tremblement de terre (373 avant J.-C.). La première fédération achéenne devait disparaître sans histoire mais, en 280 avant J.-C., une nouvelle "ligue achéenne" vit le jour. Indépendante sur le plan administratif, les cités de la ligue s’unissaient dans le domaine militaire ou de politique étrangère. La direction militaire était d’ailleurs confiée à un stratège unique. Sous l’impulsion d’Aratos de Sicyone, la ligue allait devenir une force militaire redoutable, capable d’affronter les Macédoniens (vers 243 avant J.-C.). La prise de l’Acrocorinthe par Aratos devait produire une onde de choc et rallier à la ligue achéenne les cités de l’isthme, privant ainsi Antigone Ier, roi de Macédoine, de clefs du Péloponèse. L’Arcadie entra ensuite dans la sphère d’influence de la ligue achéenne et de son chef militaire, Aratos, sans pour autant convaincre Athènes d’en faire autant. Cette tentative d’unir les Grecs du Péloponèse et de la Grèce centrale allait cependant se heurter aux ambitions de Sparte. Vaincue par le Spartiate Cléomène en 227 avant J.-C. à Mégalopolis, le ligue achéenne se tourna alors vers la Macédoine. Les rêves d’expansion des uns et des autres allaient finalement se heurter aux désirs d’expansion et d’influence de Rome qui profitera pleinement des querelles internes aux divers alliés. En 146 avant J.-C., les Romains abattent la ligue achéenne, s’emparent de Corinthe, pillent et rasent la cité. C’en était fini -et depuis longtemps, des Achéens.