Les décimes : le grand détournement

Miniature du Moyen Âge représentant le clergé.
Miniature du Moyen Âge représentant le clergé.

A l’origine, les biens d’Eglise, affectés au culte et à la charité, devaient être exemptés d’impôt. Seule exception, la décime, qui permettait au pouvoir royal ou au pape de lever un impôt correspondant au dixième des revenus du clergé. Un impôt exceptionnel donc qui, au fil du temps, allait acquérir une certaine régularité. Initialement, la décime était versée au souverain tous les dix ans, afin de l’aider à la défense du royaume et, donc, des églises. On constate cependant que, de 1188 à 1294, le roi de France percevra cet impôt sensé être exceptionnel, tous les deux ans. Philippe le Bel ira même jusqu’à lever l’impôt sans l’accord du pape et, à partir du XVIe siècle, c’est tous les ans que la décime sera perçu. En fait, durant tout le Moyen Âge, il apparaît clairement que certains souverains n’hésiteront pas à déclencher des guerres afin de remplir les caisses du trésor. Outre l’aspect proprement pécunier, il s’avère que la levée de l’impôt sur les biens du clergé était, pour les souverains, un moyen facile de prouver leur indépendance vis-à-vis du pouvoir spirituel, c’est-à-dire de l’Eglise. Un moyen facile et lucratif. Et même lorsque, à l’issu du concordat de Bologne (1516), les décimes versées au roi devinrent régulières -à raison de 1 600 000 livres par an versées pendant six ans, contrat qui sera prolongé indéfiniment-, le souverain n’hésita pas à y ajouter les fameuses et originelles décimes extraordinaires.