Les « fils de François »

Saint François montant aux cieux (détail d'une fresque).
Saint François montant aux cieux (détail d’une fresque).

Parce que son ordre et sa vocation était tout entier tourné vers le cœur, vers Dieu, le pauvre d’Assise avait à peine pris le temps d’esquisser les règles de son ordre. Résultat, à sa mort en 1226, ses fils se trouvèrent singulièrement désarmés. Rapidement, deux clans se formèrent ; rapidement, soit dès 1230-1239, période durant laquelle les papes allaient tout faire pour impliquer un peu plus les Franciscains dans l’exercice apostolique, au détriment de vœu de pauvreté, notamment. De fait, saint Bonaventure et d’autres Franciscains vont se révéler des atouts précieux dans la lutte contre les hérésies et dans l’approfondissement de la théologie universitaire. Mais qu’en était-il du principe même de l’ordre ? Qu’en était-il aussi du testament de saint François ? Si tous les fils de saint François ne s’émurent pas outre mesure de l’apparent abandon de la règle primitive, certains y virent une véritable trahison. Trahison à l’idéal auquel ils avaient adhéré ; trahison à l’esprit de saint François. Les Spirituels : tel sera leur nom.
Des Spirituels qui, s’ils s’étaient cantonnés à la préservation de l’esprit franciscain, auraient eu toutes les excuses, tous les suffrages. Sauf que les Spirituels n’adhéraient pas uniquement à la préservation du testament du saint d’Assise ; sauf qu’ils se feront les chantres du millénarisme -un mouvement qui, dans une idée d’apocalypse, annonçait le « règne de l’Esprit ». Bref, les Spirituels, en dépit de leur mouvement originel, vont se détourner aussi sûrement de l’esprit franciscain que s’ils avaient renier toute la règle initiale, devenant les opposants déclarés du pape et de l’Eglise, prenant place au rang des hérétiques. Au final, entre les conventuels et les Spirituels, on peut se demander qui furent les véritables « fils de François »…