Les indulgences ou la « comptabilité de l’au-delà »

Le blason de la mort, d'après une gravure de la Danse macabre (XVe siècle).
Le blason de la mort, d’après une gravure de la Danse macabre (XVe siècle).

Le Purgatoire, dont la croyance s’est généralisée au XIIIe siècle, est le moyen terme entre le Paradis et l’Enfer. Mais ce n’est pas, au Moyen Âge, un lieu idyllique, loin de là : le Purgatoire est un enfer passager, d’où on espère donc sortir le plus rapidement possible. C’est à cela que servent les indulgences.
Quand un chrétien commet un péché, il peut toujours se confesser, son âme restera marquée malgré tout et il devra le « payer » au Purgatoire. L’indulgence « efface l’ardoise » de l’enfer purgatif. L’autre moyen pour abréger les souffrances des âmes du Purgatoire est de prier pour elles, ce que les catholiques vivants peuvent faire : c’est la communion des saints. Le principe est simple : un chrétien prie pour l’âme de son prochain et l’âme du Purgatoire lui « renvoie l’ascenseur », en quelque sorte, en intervenant en sa faveur.
Mais tout cela ne suffisait pas aux esprits angoissés du bas Moyen Âge : aussi chacun préparait-il lui-même sa vie dans l’au-delà. Les testaments spirituels se multiplient, demandant des messes, des actes de charité à faire après la mort. Selon l’expression de Jacques Chiffoleau, c’est une véritable « comptabilité de l’au-delà » qui se met en place.
Le chevalier de la mort de Dürer.
Le chevalier de la mort de Dürer.

L’usage d’accumuler les messes pour les défunts était certes très ancien -on le trouve chez Grégoire de Tours-, mais il subit une véritable « inflation » à la fin du Moyen Âge. Les fidèles ne se contentent plus de la neuvaine ou de la messe du « bout de l’an », ils instaurent la célébration anniversaire et multiplient les messes dans les premiers jours -toujours les trois premiers, tout comme aux siècles précédents- ou le premier mois. À cela s’ajoute les distributions de pain aux pauvres, un rappel du Saint Sacrifice de la messe, et les achats d’indulgences ou même de reliques. Ce phénomène, qui atteint son apogée au XVe siècle, n’est absolument pas dû au clergé, à qui l’on a si souvent reproché la multiplication et la vente des indulgences, mais bien aux laïcs qui, pour la première fois, semblent prendre l’initiative dans la dévotion aux morts. Une comptabilité qui se payera cependant très cher puisqu’elle sera un des arguments phare de Luther dans son opposition à l’Eglise.