Les intendants : l’œil du pouvoir

Le receveur des impôts, d'après une gravure sur bois (XVIe siècle).
Le receveur des impôts, d’après une gravure sur bois (XVIe siècle).

Le Moyen Âge avait vu la centralisation du pouvoir royal, sa victoire sur les seigneurs et les vassaux. Fort logiquement, cette centralisation allait voir l’émergence d’une nouvelle caste : les intendants. Officiers royaux en charge de la vérification des provinces, les intendants, désignés au XVIe siècle sous le titre de "commissaires départis pour l’exécution des ordres du roi", seront définitivement établis sous le règne de Louis XIV. De fait, le monarque absolu, qui tenait et même retenait les grands seigneurs à la cour, avait besoin d’un pouvoir bien à lui en province. D’abord simples inspecteurs, les intendants allaient devenir de véritables administrateurs dont les compétences devaient s’étendre au détriment de celles des gouverneurs et des cours souveraines. Intendants de justice, ils surveillaient tous les officiers de leur ressort, étaient chargés de la justice du roi et pouvaient présider tous les tribunaux. Intendants de police, ils avaient également la haute main sur l’ordre public, disposaient des garnisons, s’occupaient des ponts et chaussés, de la levée des milices, contrôlaient les élections urbaines et s’immisçaient dans les affaires religieuses. Intendants des finances, ils étaient en relations constantes avec le contrôleur général pour toutes les questions économiques, s’occupaient de la levée de la taille, de la capitation ou du dixième.
Au final, ils ne relevaient que du conseil du roi et ni les gouverneurs, ni les cours souveraines n’avaient les moyens de les contrôler, encore moins d’entraver leurs actes.
Véritable prolongement du pouvoir royal, les intendants vont finir d’éteindre les bribes de liberté des provinces, tout en permettant une meilleure centralisation de l’économie. Une mainmise du pouvoir qui ne devait pas s’éteindre à la Révolution, car si les intendants furent officiellement supprimés en décembre 1789, ils trouveront leurs héritiers dans la création des préfets (1800), qui accentuera encore la mainmise du pouvoir central sur la France.