Les monstres du Beowulf

Grendel, le monstre du Beowulf, d'après une iconographie contemporaine.
Grendel, le monstre du Beowulf, d’après une iconographie contemporaine.

Dans les légendes ou les contes du haut Moyen Âge, il y a généralement un héros, des dieux, des monstres, des êtres merveilleux et les membres de ceux que l’on nomme la « petite mythologie ».  Etres merveilleux ou maléfiques, ils sont une multitude que personne, ou presque, ne connaît. Peu ou mal décrits, ils apparaissent ici ou là et on parfois alimenté un véritable folklore autour de leur « personne ». Tel est le cas du ou de la Nix, on ne sait, qui vit dans les eaux troubles ou les lacs. Nix, un terme générique qui est pourtant un nom propre et qui désigne les monstres de la légende du Beowulf. Voici leur histoire.
Jadis, il y a fort longtemps, vivait un monstre marin du nom de Grendel, qui terrorisait les habitants du château de Heorot, appartenant au roi des Danois, Hrothgar. Chaque nuit, il prélevait son quota de chaire humaine, sans que personne ne sache comment l’arrêter. Un jour vint cependant où le roi des Danois vit se présenter à lui un jeune homme, venu de Suède, et qui prétendait délivrer le château du monstre. Après l’avoir blessé une première fois, le jeune héros poursuivit Grendel, effrayé, dans sa tanière, située au fond d’un lac. Après un combat épique, le jeune Suédois tua la mère de Grendel puis le monstre lui-même et s’en retourna dans son pays auréolé de gloire. Là, le neveu du roi des Guètes (des Suédois du sud), puisqu’il s’agissait de lui, succéda à son oncle.
Mais ses aventures continuèrent et, alors qu’il régnait déjà depuis de nombreuses années, notre héros eu, à nouveau, à déployer sa force et son courage. Alors qu’un dragon, détenteur d’un fabuleux trésor, ravageait la région, le prince reprit les armes, sachant pourtant pertinemment que ce combat serait le dernier. Et tel fut le cas : mortellement blessé par le dragon, qu’il tua cependant, il devait mourir peu après et c’est accompagné du trésor du dragon, qu’il sera enterré. Telle est l’histoire, en quelques lignes, d’un héros qui avait pour nom Beowulf.
Cette légende, vraisemblablement d’origine scandinave, représente la trame d’un des poème en vieil-anglais les plus anciens. Daté des anénes 700-750, le Beowulf,  fut rédigé en East-Anglie. Long de quelques trois mille vers, il est tout à fait représentatif de la littérature de l’époque, mêlant folklore, merveilleux, le tout avec une très légère pointe d’influence chrétienne. Ces récits épiques, outre leur intérêt littéraire incontestable, sont également des sujets de recherches –et donc de découverte- pour l’historien, notamment l’historien des croyances. Et Beowulf n’échappe pas à la règle, bien au contraire. En effet, si le dragon paraît comme un acteur incontournable de toute saga scandinave ou saxonne –on retrouve la même histoire d’un dragon gardien d’un trésor chez Siegried-, le monstre Grendel et sa mère posent d’autres questions, amènent d’autres découvertes.
Le Nix ou la Nixe est un être aquatique que l’on rencontre dans nombres de contes ou de légendes. Il reste cependant assez mystérieux. Pour certains, c’est un être mi-humain mi-cheval, mais vivant dans l’eau ; d’après Le Livre de la colonisation de l’Islande, il s’agit d’un cheval vivant au fond du lac Hjardavatn ; à moins que ce soit un être maléfique d’apparence à peu près humaine. Pour tous, c’est donc un être de l’eau, mais son aspect varie énormément. Le récit du Beowulf donne cependant quelques pistes. Grendel et sa mère, qui sont donc deux monstres issus du monde aquatique, n’apparaissent pas si inhumains que cela. Certes, ils se nourrissent de chaire humaine, mais ils ont des caractéristiques véritablement humaines. Blessé, Grendel a si peur qu’il se réfugie dans on repaire, qui est également celui de sa mère. Il pense donc. Il est également doté de doigts, apparemment griffus et sa mère, nous dit le récit, tente, s’étant emparée d’un couteau, d’éliminer le héros. Ce ne sont donc pas entièrement des animaux. Difficile cependant de leur donner une apparence claire : soit humaine, soit monstrueuse. Un homme, cependant, c’est visiblement inspiré de Grendel pour créer un personnage de sa saga. Passionné de langues anciennes et ayant lui-même effectué un traduction du Beowulf, Tolkien s’est vraisemblablement inspiré de Grendel pour créer le personnage du Golum. Voilà qui donne une image, peut être proche de ce qu’imaginaient les anciens, des mystérieux Nix.