Les Normands : féaux du roi de France ?

Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).
Rollon s’inclinant devant Charles le Simple (gravure du XIXe siècle).

Selon certains historiens, notamment Philippe Maurice, auteur de Guillaume le Conquérant, la Normandie ne fut pas, à sa création, un duché comme les autres. En effet, Rollon n’aurait reçu le fief normand que comme une « donation » pour laquelle il n’y avait donc pas d’hommage lige à rendre. Un diplôme de 918 confirme cette assertion en précisant que cette donation fut faite « aux Normands de la Seine, c’est-à-dire à Rollon et à ses compagnons, pour la sauvegarde du royaume ». De fait, s’il n’y avait pas d’hommage, Charles III le Simple pouvait se permettre, à terme, d’attaquer les Normands et de leur reprendre leur fief. D’un autre côté, le Carolingien se privait d’un soutien particulièrement efficace… et Rollon sera d’une fidélité exemplaire. L’aurait-il été s’il n’avait été assujetti par aucun hommage ? De même, comment expliquer l’intervention, comme suzerain et seigneur devant protection à son féal, de Louis IV d’Outremer lors de la minorité de Richard sans Peur ? Certes, Louis ne respectera nullement son devoir de suzerain, mais s’il n’y avait eu aucun lien de suzeraineté, les seigneurs normands auraient-ils accepté si facilement le départ du petit duc ?

L’explication serait donc qu’un lien de vassalité unit les Normands et les rois de France sous Guillaume Longue-Épée et dans les premières années de l’avènement de Richard sans Peur. Un lien que repoussera ensuite ce même Richard, vainqueur de Louis IV d’Outremer qui, en 945, le reconnaîtra duc de Normandie -Richard est le premier à porter officiellement ce titre- et acceptera « l’indépendance totale du jeune prince » (Philippe Maurice). Une indépendance à laquelle, on ne sait trop pourquoi, Richard sans Peur finira par renoncer en reconnaissant la suzeraineté des Robertiens en 965.