Les partisans d’Ali

Calligraphie du nom d'Allah (iconographie ancienne).
Calligraphie du nom d’Allah (iconographie ancienne).

Les conflits fratricides qui ensanglantent le Liban ou l’Irak aujourd’hui ont dévoilé aux yeux du monde occidental une guerre pluriséculaire entre les sunnites et les chiites. Sans, d’ailleurs, que l’on comprenne bien les raisons de cette lutte ou son origine. Elle apparaît aux lendemains même de la mort du Prophète (632), lorsque se joue la succession de Mahomet à la tête des croyants. Si Omar, Othman et Ali, tous trois fidèles compagnons du Prophète, revendiquent pareillement son héritage spirituel et politique, Ali a cependant un atout supplémentaire en tant que cousin et gendre de Mahomet. Une parenté spirituelle tout autant que familiale qui font de lui le successeur désigné du Prophète de l’islam. Du moins est-ce l’opinion d’Ali et de son épouse, Fatima. Une opinion que ne semblent pas partager les croyants qui désignent Omar puis Othman au rang de calife. Et ce n’est qu’en 656, qu’Ali accèdera enfin à cette charge.
Les prétentions d’Ali, sa vision  de l’islam n’avait guère changé à cette époque et c’est vers une véritable théocratie héréditaire qu’il semble vouloir faire entrer les peuples conquis. Autant dire que son rêve ne convenait guère aux chefs de la nouvelle religion qui ne désiraient nullement se voir reléguer au second plan quand Ali, ses fils et leurs descendants seraient les seuls dépositaires de la doctrine et donc les seuls à pouvoir l’interpréter. Dès 661, le monde musulman se scinde en deux branches : les Sunnites –du nom de Sunna, la doctrine comprise dans les hadiths-, outre les questions de succession, se prononceront pour une lecture littérale de la doctrine ; les Chiites –du mot shî’a, « parti »- qui regroupent les partisans d’Ali vont militer pour une lecture dirigée et encadrée. Et une lecture dirigée par un imam qui a alors le rôle d’un véritable chef spirituel quand l’imam mode sunnite ne fait qu’appeler et diriger la prière. On comprend, vue l’importance du rôle de l’imam selon Ali et ses successeurs, qu’être confié à un descendant du Prophète, le sang assurant semble-t-il la pureté de la lecture doctrinale.
Pour les chiites imamites, ils seront ainsi douze à succéder au Prophète, quant les chiites ismaéliens n’en reconnaissent que sept. Violents, extrêmes, ces derniers se feront connaître dans tout le monde médiéval sous le nom de secte des Asssassins, avant de devenir la communauté sans doute la plus pacifique du monde musulman. A l’opposé, les chiites imamites, majoritairement présents en Irak et en Iran, sont, depuis des années, en guerre permanente avec les sunnites. Prônant un islam rigoureux mais encadré, ils véhiculent une réputation mondiale de terroristes prêts-à-tout, une réputation qui doit sans doute beaucoup au Hezbollah libanais… Une réputation qui ferait presque oublier l’espoir des chiites, celui du retour du dernier imam, un enfant disparu en 878 et qui, selon la tradition, reviendra à la fin des temps afin d’établir un royaume de justice…