Les passions de la Grande Mademoiselle

La Grande Mademoiselle tirant les canons de la Bastille (détail d'une gravure du XIXe siècle).
La Grande Mademoiselle tirant les canons de la Bastille (détail d’une gravure du XIXe siècle).

Si son père, Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, se distinguera toute sa vie par un goût inné pour le complot, sa fille, Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier va se révéler, avant tout, comme une âme passionnée. Passionnée au point de se lancer avec fougue dans l’aventure de la Fronde ; passionnée au point de commander les canons de la Bastille pour sauver Condé au cours du combat du Faubourg Saint-Antoine (1652). Un acte de bravoure pour cette princesse de haut rang, mais un acte qui allait, définitivement, la soustraire à son ambition première : à savoir devenir l’épouse de Louis XIV, son cousin.
Sa haute naissance, sa fortune considérable lui avaient permis de prétendre à l’union la plus noble, à une union royale. Mais ses équipées romanesques de la Fronde -elle avait également, en 1652, conduit l’expédition d’Orléans- allaient avoir un prix. Enorme pour elle. Mazarin dira même qu’en tirant sur les troupes royales à Paris, la Grande Mademoiselle avait "tué son mari", sous-entendu, elle avait perdu le roi.
Exilée dans ses terres de Saint-Fargeau, Mademoiselle de Montpensier ne devait reparaître à la cour qu’en 1657. A quarante-deux ans, elle se prit de passion pour le duc de Lauzun, un courtisan, un temps favori du roi et qui avait fait quelques séjours à la Bastille pour avoir, de colère, brisé son épée devant le souverain. Une incartade qui devait coûter cher à la Grande Mademoiselle, laquelle accepta de se défaire de la principauté de Dombes et du comté d’Eu en faveur du bâtard du roi, le duc de Maine. En compensation, Lauzun fut libéré et les noces célébrées… pour le plus grand malheur de la princesse qui se séparera de son époux en 1685. Echaudée par le mariage et par la cour, la petite-fille d’Henri IV passera les dix dernières années de sa vie dans la plus grande dévotion.