Les Plantagenêts : une famille « française »

Mort de Foulques Nerra, comte d'Anjou, à Jérusalem (gravure du XIXe siècle).
Mort de Foulques Nerra, comte d’Anjou, à Jérusalem (gravure du XIXe siècle).

C’est en France qu’est née la dynastie Plantagenêt. En France et plus précisément entre Angers et Le Mans, par la grâce -et le mariage- de Foulques d’Anjou qui rattachait le Maine à l’Anjou et doublait ainsi son comté. Fils de France, donc, Foulques d’Anjou le sera, tout comme son fils, Geoffroy V, qui sera le premier à prétendre au titre de prince et le premier à mériter le surnom de Plantagenêt. La légende veut en effet qu’il portât habituellement une branche de genêt à son chef. Hasard ou désir de rappeler la vision dont il aurait était témoin, celle d’une licorne à tête de femme traversant un champ de genêt ? Peu importe en fait. Geoffroy sera donc à l’origine du surnom mais aussi à l’origine de sa prospérité.
Surnommé le Bel -avant d’être le Plantagenêt-, Geoffroy V épouse en 1127 Mathilde l’Impératrice. Veuve d’Henri V, elle est surtout l’unique héritière d’Henri Ier Beauclerc, fils cadet de Guillaume le Conquérant et souverain d’Angleterre. De fait, s’il n’est nullement question d’une loi salique en Angleterre, les faits sont là et c’est bien évidemment le premier à s’assurer le concours de la noblesse qui l’emporte. En l’occurrence, ce ne sera pas Mathilde qui se voit damer le pion par son neveu, Etienne de Blois, petit-fils par sa mère du célèbre vainqueur de Hastings. Mathilde va dès lors mettre toute son énergie pour reconquérir un trône, à son sens usurpé.
Henri II Plantagenêt et sa cour (gravure du XIXe siècle).
Henri II Plantagenêt et sa cour (gravure du XIXe siècle).

Un trône que son double prestige de fille d’Henri Beauclerc et d’impératrice -même si, pour le coup, le titre était désormais usurpé-, aurait dû lui assurer. Dire que Geoffroy s’investit beaucoup dans les prétentions de son épouse serait abuser. D’autant que la véritable guerre civile qui oppose les deux héritiers s’éternise et que Geoffroy a fort à faire à assurer ses propres possessions. Seule sa tentative d’annexion du duché de Normandie pourrait être considéré comme un soutien continental au dessein de son épouse, si l’on omet de rappeler que les Anjou avaient déjà prétendu dessaisir les Normands du temps de Richard sans Peur ou de Guillaume le Conquérant. En fait Geoffroy ne s’inquiétait que de ses propres domaines et c’est tant mieux si ses intérêts convergeaient parfois avec ceux de son épouse.
Cette dernière avait fort à faire avec son neveu Etienne de Blois. Couronné roi d’Angleterre, soutenu par une noblesse qui préférait laisser les rênes du pouvoir aux mains d’un homme, quelles que soient ses compétences, Etienne Ier contraindra même son adversaire à la soumission en 1148, après plus de dix ans de conflit. Une soumission qui ne sera que de courte durée et qui trouvera un épilogue commun aux deux parties après la mort du fils d’Etienne… qui désignera alors le fils de Mathilde et de Geoffroy, Henri, comme son héritier. Et en 1154, Henri II Plantagenêt devenait roi d’Angleterre… Un titre, une réalité même, qui n’empêchera nullement le fils de l’Impératrice d’être fortement attaché à sa terre du continent. Un domaine qu’il agrandira en épousant, Aliénor d’Aquitaine ; un domaine "français", continental plus exactement, qui faisant du roi d’Angleterre un vassal plus puissant que le roi de France… et de très loin. De fait il faudra les échecs successifs de Jean sans Terre pour que les Anglais perdent pratiquement toutes leurs possessions continentales et, par le fait même, se détachent nettement du berceau familial. Un berceau qui avait accueilli les restes d’Aliénor d’Aquitaine, d’Henri II et de Richard Cœur de Lion, tous trois enterrés en l’abbaye de Fontevraud.