Les premiers siècles de la dynastie capétienne

La France aura connu cinq dynasties, toutes plus ou moins rattachées les unes aux autres. Les trois dernières font partie d’une même « race », celle que l’on nomme la race des Capétiens, parmi lesquels on distingue les Capétiens directs, les Capétiens-Valois et les Capétiens-Bourbons. Une race qui régna sur la France pas moins de huit siècles… une longévité dynastique qui était pourtant loin d’être évidente et qui sera maintes fois remise en cause, notamment lors des passages d’une branche à l’autre. Une longévité qui s’explique peut-être aussi par les règnes des premiers Capétiens…
La dynastie capétienne, qui commence officiellement avec Hugues Capet, est née du sein même de Charlemagne. En effet, Hugues le Grand, le plus célèbre de ses représentants avant Hugues Capet, était, par sa mère, descendant au sixième degré de Carloman, fils de Charlemagne, couronné roi d’Italie sous le nom de Pépin. Débouté de son héritage italien, cette branche des Pippinides reçut en échange le comté de Vermandois, piètre compensation qui revenait cependant à reconnaître, bien que très indirectement, la réalité de ses droits sur le trône italien.
Hugues, « le faiseur de rois »
C’est donc en royaume de France que la dynastie capétienne va se développer, devenant, tant par le jeu des alliances que par l’intelligence politique de ses représentants, la première et la plus importante famille du royaume… au point que l’on surnommera Hugues le Grand « le faiseur de rois ».
Les princes d’Europe ne s’y tromperont d’ailleurs pas puisque l’on verra l’empereur Othon Ier le Grand donner sa propre sœur en mariage à Hugues. Et seul un sursaut de volonté du jeune carolingien Louis IV d’Outremer -qui obtint finalement la neutralité de l’empereur en épousant une autre de ses sœurs, Gerberge-, activement soutenu par la papauté, empêchera Hugues d’être roi de France. Mais peu importe ce titre puisqu’il démontrera sa puissance et assoira l’autorité de sa dynastie, bien plus fermement que s’il avait possédé une couronne. Une autorité qui, étonnamment et après des années de conflits contre le Carolingien, sera encore renforcée lorsque, après la mort prématurée de Louis IV, Hugues se fera soutien et protecteur du jeune roi Lothaire, âgé de douze ans à peine.
Couronnez le duc !

Légende Hugues Capet (v.941-996).
Légende Hugues Capet (v.941-996).

Le fils d’Hugues le Grand, Hugues Capet, devait lui aussi jouer un rôle de premier plan, aussi bien durant le règne de son cousin Lothaire que pendant celui de son fils, Louis V. Mais la mort de ce dernier, le 22 mai 987, suite à une chute de cheval, allait poser la question du suivi dynastique.
Mort sans descendance, Louis V n’avait pas non plus de frère mais un oncle, Charles, duc de Basse-Lorraine, qui n’attendait que cette mort pour monter sur un trône qu’il convoitait déjà après la mort de Lothaire. Mais Charles de Basse-Lorraine était vassal de l’empereur… Un autre prétendant, soutenu par le très influent Adalbéron, archevêque de Reims, allait donc se présenter à l’approbation des seigneurs francs : Hugues, dit Capet, comte de Paris et duc de France.
Et, rapporte Richer dans son Historia francorum, l’archevêque d’appuyer son argumentation en disant :
-Le trône n’est pas toujours dévolu par droit héréditaire : seul doit être promu celui qui se distingue non seulement par la noblesse de la naissance mais par la sagesse de l’esprit […]. Couronnez le duc : c’est le plus illustre d’entre tous par ses exploits, sa noblesse et sa puissance. En lui, trouveront un défenseur non seulement l’État mais les intérêts de tous…
Suite à ce discours, prononcé à Senlis le 3 juillet 987, Hugues Capet devenait, « par la grâce de Dieu, roi des Francs » et inaugurait une dynastie de trois siècles, celle des Capétiens directs.
Prince, qui t’a fait roi ?
Devenu roi, Hugues Ier allait connaître, à son tour, l’opposition des seigneurs francs. Une lutte entre le pouvoir royal et les féodaux qui sera le lot de tous ses descendants et qui demeurera leur principale préoccupation jusqu’au règne de Philippe le Bel.
Un de ses premiers actes en tant que souverain sera donc d’assurer sa succession en associant son fils Robert au trône. À sa suite, tous les rois capétiens feront de même jusqu’à Philippe Auguste qui, le premier, jugera inutile cette précaution. Il faut dire que Philippe Auguste sera également le premier à soumettre durablement les féodaux.
Ainsi Hugues aura-t-il d’abord à combattre Charles de Basse-Lorraine et ceux qui, dans le royaume franc, le soutenaient, tel le nouvel archevêque de Reims, Arnulf. Quant à imposer son autorité, notamment lors des conflits entre féodaux, le Capétien mettra en place une habile politique matrimoniale entre sa famille et les grands féodaux du royaume. Malgré tout, sa souveraineté sera régulièrement mise en cause par les seigneurs francs qui n’oubliaient pas que c’était eux qui avaient élevé le Capétien au rang de roi… et qui le lui rappelaient bien volontiers.
Un pouvoir fragile
Il en sera de même sous le règne de Robert II le Pieux qui, quant à lui, s’engagea dans un conflit armé de six ans lors de la succession du duché de Bourgogne. Et si le souverain était approuvé par le duc de Normandie, Richard II le Bon, son opposant, Otte-Guillaume, était soutenu par le comte de Nevers, l’évêque de Langres et Eudes II de Blois. Plus tard, Robert aura même maille à partir avec deux de ses fils, Henri, qui lui succédera, et Robert.
Du fait des multiples mariages entre la famille royale et celle des grands seigneurs, les conflits entre le roi et les féodaux prendront régulièrement l’allure de véritables « affaires de famille ». Ainsi, Henri Ier, couronné dès 1025 mais succédant à son père en 1031, devra se réfugier auprès d’un de ses vassaux, le fidèle duc de Normandie, Richard III, pour échapper à ses frères, Robert, duc de Bourgogne, puis Eudes. Des « affaires de famille » auxquelles se mêlaient également volontiers les féodaux, attisant les conflits, soutenant tel ou tel parti, le but étant toujours le même : affaiblir le roi afin de conserver à la noblesse un pouvoir fort.
Ces exemples suffisent largement à démontrer la fragilité du pouvoir capétien, dynastie que l’on dit toujours « élective » lors de l’association au trône de Louis VI le Gros, en 1092. Une fragilité telle que Louis VII le Jeune -comme plus tard Philippe Auguste-, couronné environ six ans avant la mort de son père, ira jusqu’à réclamer un renouvellement de la cérémonie quand vint l’heure de la succession !
Les féodaux mis au pas

La bataille de Bouvine, d'après une illustration des Grandes chroniques de France
La bataille de Bouvine, d’après une illustration des Grandes chroniques de France

Si, comme on l’a dit, Philippe Auguste fut le premier souverain à mettre un terme, pour un certain temps du moins, à l’agitation féodale, on peut supposer que déjà, du temps de Louis VII, le pouvoir royal s’accrut ou, du moins, se stabilisa fortement, sans quoi jamais le roi n’aurait tenté l’aventure de la Terre sainte (1147).
On ne peut d’ailleurs que se réjouir de ce regain de pouvoir car c’est également à cette époque qu’Henri Plantagenêt, comte d’Anjou, devint l’héritier officiel du trône d’Angleterre et qu’il épousa Aliénor d’Aquitaine, le parti le plus intéressant du royaume. Un mariage et un héritage qui allait faire des Plantagenêts, outre les nouveaux souverains d’Angleterre, les plus puissants seigneurs du royaume -ils ont alors la Guyenne, l’Anjou, le Poitou, la Normandie- et donc les pires ennemis des rois de France.
Hors le danger grandissant que vont représenter les Plantagenêts, le pouvoir royal est donc, à cette époque, en train de solidement s’établir. Certes, cela n’empêchera pas Philippe Auguste d’avoir également à lutter, au cours de ses quarante-trois années de règne, contre les féodaux -notamment contre le comte de Blois, le duc de Bourgogne, le comte de Flandre et le comte de Toulouse- mais il saura s’imposer de telle façon que, comme nous l’avons évoqué, il ne jugera pas nécessaire d’associer son fils Louis, dit le Lion, à la couronne. La célèbre victoire de Bouvines ne sera finalement que la traduction de cet état de fait et représentera rien moins que l’apogée de son règne, le point final aux luttes internes. Et Philippe l’avait bien compris lui qui, pour célébrer cette première victoire du roi et de toute la nation France, organisa une véritable marche triomphale depuis le champ de bataille jusqu’à Paris.
Ces victoires diverses sur les féodaux, finalisées sur le champ de bataille de Bouvines, donneront également l’occasion à Philippe Auguste de consolider l’organisation interne du royaume, ce que n’avaient pu faire ses prédécesseurs, trop préoccupés par de probables révoltes. Il aura donc fallu des siècles de luttes internes et l’apparition d’un Capétien comparable, en force et en caractère, à un Hugues le Grand, pour qu’enfin on associe le nom de cette dynastie à un royaume entier, à une nation… Car Philippe Auguste fut, sans aucun doute, le premier des grands Capétiens directs. Le « bilan » de son règne en témoigne avec éloquence : en effet, à sa mort en 1223, il a, énumère Ivan Gobry dans Les Capétiens, « quadruplé le domaine royal en lui ajoutant le Vermandois, l’Artois, l’Amiénois, la Normandie, le Maine, l’Anjou, la Touraine, la Saintonge, l’Auvergne, une partie du Poitou et de la Marche » ; il a également réformé la justice en créant les baillis, puis la perception de l’impôt ; muliplié les routes afin de favoriser le commerce et activement soutenu l’implantation d’universités.
Les derniers soubresauts des féodaux

Blanche de Castille (1188-1252) recevant un pèlerin.
Blanche de Castille (1188-1252) recevant un pèlerin.

On le voit, une œuvre immense fut accomplie sous le règne de Philippe Auguste ; une œuvre qui pourtant faillit bien ne pas lui survivre.
En effet, en 1226, soit à peine trois ans après son accession au trône, Louis VIII le Lion mourait, laissant comme héritier un enfant de douze ans seulement. Et l’enfant n’avait évidemment pas été couronné du vivant de son père ! Cette minorité devait tout de suite faire relever la tête aux féodaux, le premier à réagir étant Pierre de Dreux, dit Mauclerc. Mais l’erreur de Mauclerc sera de faire appel au roi d’Angleterre, ce qui allait rapidement transformer cette révolte féodale en conflit avec « l’étranger ». Blanche de Castille le comprit bien, qui fit appel au sentiment « national » de ses vassaux. Ainsi, le ralliement du comte de Champagne et de nombreux autres féodaux, s’il se fit parfois avec un enthousiasme mitigé, devait sceller l’union du roi avec ses vassaux. Une union que seuls quelques légers soubresauts viendraient désormais troubler…
Enfin, lorsqu’en 1245, Louis IX prit la croix pour la première fois, les plus grands seigneurs du royaume lui emboîtèrent le pas : les frères du roi, Robert, Alphonse et Charles ; Pierre Mauclerc, rentré en grâce, et son fils, Jean de Bretagne ; le comte de la Marche, le duc de Bourgogne, celui de Brabant ; le sénéchal du comte de Champagne, Jean de Joinville, et même la comtesse de Flandre accompagnée de ses fils !
Quand Philippe le Bel monte sur le trône, la dynastie capétienne, qui a mâté les féodaux, agrandi le domaine royal, réformé le pays, survécu aux révoltes et aux minorités, paraît plus forte que jamais. Elle le sera effectivement sous ce règne, qui fut pourtant le premier de ceux que l’on nomma « les rois maudits »…

Les premiers siècles de la dynastie capétienne

La France aura connu cinq dynasties, toutes plus ou moins rattachées les unes aux autres. Les trois dernières font partie d’une même « race », celle que l’on nomme la race des Capétiens, parmi lesquels on distingue les Capétiens directs, les Capétiens-Valois et les Capétiens-Bourbons. Une race qui régna sur la France pas moins de huit siècles… une longévité dynastique qui était pourtant loin d’être évidente et qui sera maintes fois remise en cause, notamment lors des passages d’une branche à l’autre. Une longévité qui s’explique peut-être aussi par les règnes des premiers Capétiens…
La dynastie capétienne, qui commence officiellement avec Hugues Capet, est née du sein même de Charlemagne. En effet, Hugues le Grand, le plus célèbre de ses représentants avant Hugues Capet, était, par sa mère, descendant au sixième degré de Carloman, fils de Charlemagne, couronné roi d’Italie sous le nom de Pépin. Débouté de son héritage italien, cette branche des Pippinides reçut en échange le comté de Vermandois, piètre compensation qui revenait cependant à reconnaître, bien que très indirectement, la réalité de ses droits sur le trône italien.
Hugues, « le faiseur de rois »
C’est donc en royaume de France que la dynastie capétienne va se développer, devenant, tant par le jeu des alliances que par l’intelligence politique de ses représentants, la première et la plus importante famille du royaume… au point que l’on surnommera Hugues le Grand « le faiseur de rois ».
Les princes d’Europe ne s’y tromperont d’ailleurs pas puisque l’on verra l’empereur Othon Ier le Grand donner sa propre sœur en mariage à Hugues. Et seul un sursaut de volonté du jeune carolingien Louis IV d’Outremer -qui obtint finalement la neutralité de l’empereur en épousant une autre de ses sœurs, Gerberge-, activement soutenu par la papauté, empêchera Hugues d’être roi de France. Mais peu importe ce titre puisqu’il démontrera sa puissance et assoira l’autorité de sa dynastie, bien plus fermement que s’il avait possédé une couronne. Une autorité qui, étonnamment et après des années de conflits contre le Carolingien, sera encore renforcée lorsque, après la mort prématurée de Louis IV, Hugues se fera soutien et protecteur du jeune roi Lothaire, âgé de douze ans à peine.
Couronnez le duc !

Légende Hugues Capet (v.941-996).
Légende Hugues Capet (v.941-996).

Le fils d’Hugues le Grand, Hugues Capet, devait lui aussi jouer un rôle de premier plan, aussi bien durant le règne de son cousin Lothaire que pendant celui de son fils, Louis V. Mais la mort de ce dernier, le 22 mai 987, suite à une chute de cheval, allait poser la question du suivi dynastique.
Mort sans descendance, Louis V n’avait pas non plus de frère mais un oncle, Charles, duc de Basse-Lorraine, qui n’attendait que cette mort pour monter sur un trône qu’il convoitait déjà après la mort de Lothaire. Mais Charles de Basse-Lorraine était vassal de l’empereur… Un autre prétendant, soutenu par le très influent Adalbéron, archevêque de Reims, allait donc se présenter à l’approbation des seigneurs francs : Hugues, dit Capet, comte de Paris et duc de France.
Et, rapporte Richer dans son Historia francorum, l’archevêque d’appuyer son argumentation en disant :
-Le trône n’est pas toujours dévolu par droit héréditaire : seul doit être promu celui qui se distingue non seulement par la noblesse de la naissance mais par la sagesse de l’esprit […]. Couronnez le duc : c’est le plus illustre d’entre tous par ses exploits, sa noblesse et sa puissance. En lui, trouveront un défenseur non seulement l’État mais les intérêts de tous…
Suite à ce discours, prononcé à Senlis le 3 juillet 987, Hugues Capet devenait, « par la grâce de Dieu, roi des Francs » et inaugurait une dynastie de trois siècles, celle des Capétiens directs.
Prince, qui t’a fait roi ?
Devenu roi, Hugues Ier allait connaître, à son tour, l’opposition des seigneurs francs. Une lutte entre le pouvoir royal et les féodaux qui sera le lot de tous ses descendants et qui demeurera leur principale préoccupation jusqu’au règne de Philippe le Bel.
Un de ses premiers actes en tant que souverain sera donc d’assurer sa succession en associant son fils Robert au trône. À sa suite, tous les rois capétiens feront de même jusqu’à Philippe Auguste qui, le premier, jugera inutile cette précaution. Il faut dire que Philippe Auguste sera également le premier à soumettre durablement les féodaux.
Ainsi Hugues aura-t-il d’abord à combattre Charles de Basse-Lorraine et ceux qui, dans le royaume franc, le soutenaient, tel le nouvel archevêque de Reims, Arnulf. Quant à imposer son autorité, notamment lors des conflits entre féodaux, le Capétien mettra en place une habile politique matrimoniale entre sa famille et les grands féodaux du royaume. Malgré tout, sa souveraineté sera régulièrement mise en cause par les seigneurs francs qui n’oubliaient pas que c’était eux qui avaient élevé le Capétien au rang de roi… et qui le lui rappelaient bien volontiers.
Un pouvoir fragile
Il en sera de même sous le règne de Robert II le Pieux qui, quant à lui, s’engagea dans un conflit armé de six ans lors de la succession du duché de Bourgogne. Et si le souverain était approuvé par le duc de Normandie, Richard II le Bon, son opposant, Otte-Guillaume, était soutenu par le comte de Nevers, l’évêque de Langres et Eudes II de Blois. Plus tard, Robert aura même maille à partir avec deux de ses fils, Henri, qui lui succédera, et Robert.
Du fait des multiples mariages entre la famille royale et celle des grands seigneurs, les conflits entre le roi et les féodaux prendront régulièrement l’allure de véritables « affaires de famille ». Ainsi, Henri Ier, couronné dès 1025 mais succédant à son père en 1031, devra se réfugier auprès d’un de ses vassaux, le fidèle duc de Normandie, Richard III, pour échapper à ses frères, Robert, duc de Bourgogne, puis Eudes. Des « affaires de famille » auxquelles se mêlaient également volontiers les féodaux, attisant les conflits, soutenant tel ou tel parti, le but étant toujours le même : affaiblir le roi afin de conserver à la noblesse un pouvoir fort.
Ces exemples suffisent largement à démontrer la fragilité du pouvoir capétien, dynastie que l’on dit toujours « élective » lors de l’association au trône de Louis VI le Gros, en 1092. Une fragilité telle que Louis VII le Jeune -comme plus tard Philippe Auguste-, couronné environ six ans avant la mort de son père, ira jusqu’à réclamer un renouvellement de la cérémonie quand vint l’heure de la succession !
Les féodaux mis au pas

La bataille de Bouvine, d'après une illustration des Grandes chroniques de France
La bataille de Bouvine, d’après une illustration des Grandes chroniques de France

Si, comme on l’a dit, Philippe Auguste fut le premier souverain à mettre un terme, pour un certain temps du moins, à l’agitation féodale, on peut supposer que déjà, du temps de Louis VII, le pouvoir royal s’accrut ou, du moins, se stabilisa fortement, sans quoi jamais le roi n’aurait tenté l’aventure de la Terre sainte (1147).
On ne peut d’ailleurs que se réjouir de ce regain de pouvoir car c’est également à cette époque qu’Henri Plantagenêt, comte d’Anjou, devint l’héritier officiel du trône d’Angleterre et qu’il épousa Aliénor d’Aquitaine, le parti le plus intéressant du royaume. Un mariage et un héritage qui allait faire des Plantagenêts, outre les nouveaux souverains d’Angleterre, les plus puissants seigneurs du royaume -ils ont alors la Guyenne, l’Anjou, le Poitou, la Normandie- et donc les pires ennemis des rois de France.
Hors le danger grandissant que vont représenter les Plantagenêts, le pouvoir royal est donc, à cette époque, en train de solidement s’établir. Certes, cela n’empêchera pas Philippe Auguste d’avoir également à lutter, au cours de ses quarante-trois années de règne, contre les féodaux -notamment contre le comte de Blois, le duc de Bourgogne, le comte de Flandre et le comte de Toulouse- mais il saura s’imposer de telle façon que, comme nous l’avons évoqué, il ne jugera pas nécessaire d’associer son fils Louis, dit le Lion, à la couronne. La célèbre victoire de Bouvines ne sera finalement que la traduction de cet état de fait et représentera rien moins que l’apogée de son règne, le point final aux luttes internes. Et Philippe l’avait bien compris lui qui, pour célébrer cette première victoire du roi et de toute la nation France, organisa une véritable marche triomphale depuis le champ de bataille jusqu’à Paris.
Ces victoires diverses sur les féodaux, finalisées sur le champ de bataille de Bouvines, donneront également l’occasion à Philippe Auguste de consolider l’organisation interne du royaume, ce que n’avaient pu faire ses prédécesseurs, trop préoccupés par de probables révoltes. Il aura donc fallu des siècles de luttes internes et l’apparition d’un Capétien comparable, en force et en caractère, à un Hugues le Grand, pour qu’enfin on associe le nom de cette dynastie à un royaume entier, à une nation… Car Philippe Auguste fut, sans aucun doute, le premier des grands Capétiens directs. Le « bilan » de son règne en témoigne avec éloquence : en effet, à sa mort en 1223, il a, énumère Ivan Gobry dans Les Capétiens, « quadruplé le domaine royal en lui ajoutant le Vermandois, l’Artois, l’Amiénois, la Normandie, le Maine, l’Anjou, la Touraine, la Saintonge, l’Auvergne, une partie du Poitou et de la Marche » ; il a également réformé la justice en créant les baillis, puis la perception de l’impôt ; muliplié les routes afin de favoriser le commerce et activement soutenu l’implantation d’universités.
Les derniers soubresauts des féodaux

Blanche de Castille (1188-1252) recevant un pèlerin.
Blanche de Castille (1188-1252) recevant un pèlerin.

On le voit, une œuvre immense fut accomplie sous le règne de Philippe Auguste ; une œuvre qui pourtant faillit bien ne pas lui survivre.
En effet, en 1226, soit à peine trois ans après son accession au trône, Louis VIII le Lion mourait, laissant comme héritier un enfant de douze ans seulement. Et l’enfant n’avait évidemment pas été couronné du vivant de son père ! Cette minorité devait tout de suite faire relever la tête aux féodaux, le premier à réagir étant Pierre de Dreux, dit Mauclerc. Mais l’erreur de Mauclerc sera de faire appel au roi d’Angleterre, ce qui allait rapidement transformer cette révolte féodale en conflit avec « l’étranger ». Blanche de Castille le comprit bien, qui fit appel au sentiment « national » de ses vassaux. Ainsi, le ralliement du comte de Champagne et de nombreux autres féodaux, s’il se fit parfois avec un enthousiasme mitigé, devait sceller l’union du roi avec ses vassaux. Une union que seuls quelques légers soubresauts viendraient désormais troubler…
Enfin, lorsqu’en 1245, Louis IX prit la croix pour la première fois, les plus grands seigneurs du royaume lui emboîtèrent le pas : les frères du roi, Robert, Alphonse et Charles ; Pierre Mauclerc, rentré en grâce, et son fils, Jean de Bretagne ; le comte de la Marche, le duc de Bourgogne, celui de Brabant ; le sénéchal du comte de Champagne, Jean de Joinville, et même la comtesse de Flandre accompagnée de ses fils !
Quand Philippe le Bel monte sur le trône, la dynastie capétienne, qui a mâté les féodaux, agrandi le domaine royal, réformé le pays, survécu aux révoltes et aux minorités, paraît plus forte que jamais. Elle le sera effectivement sous ce règne, qui fut pourtant le premier de ceux que l’on nomma « les rois maudits »…