Les « rois fainéants » : la fin d’une époque

Pierre tombale de Childéric II (v.653-675).
Pierre tombale de Childéric II (v.653-675).

Un souverain indolent, allant de palais en palais dans un chariot traîné par une pair de bœufs : l’image est connue de tous, c’est celle d’un de ces fameux «  rois fainéants ». Mais si tout le monde connaît l’image populaire, qu’en est-il de l’histoire véritable ? Qui furent vraiment ces rois fainéants, symboles d’une dynastie –celle des Mérovingiens- sur le déclin ?
Clovis II, Clotaire III, Childéric II, Thierry III, Clovis IV, Childebert III, Dagobert III, Chilpéric II et, enfin, Thierry IV : de 639 à 711, pas moins de neuf souverains se sont succédés sur le trône de Francie. Et le premier d’entre eux, Clovis II, fils du célèbre Dagobert (le roi de la chanson) n’a rien d’un incapable. Alors que Dagobert, qui fut un grand roi, avait «  officialisé » la séparation entre Francs orientaux et Francs occidentaux en léguant à l’un de ses fils le royaume d’Austrasie alors que l’autre hérité de ceux de Neustrie et de Burgondie, Clovis II va, au terme d’un règne de près de vingt ans, recréer l’unité du royaume. Une unité qui sera ensuite promulguée par les Carolingiens et qui permettra la création d’un empire, celui de Charlemagne. Clovis II ne fut donc pas un  « petit roi » et, pourtant, c’est bien avec lui que commence la «  geste » des rois fainéants.
« Souillé de toute espèce d’impureté, séducteur de femmes, abandonné à la gourmandise et à l’ivrognerie, il périt d’une mort misérable. » L’épitaphe est due à la plume d’un chroniqueur de l’époque. Un jugement parfaitement contestable, on l’a dit, et qui sera repris pour tous ses successeurs. Un  jugement d’autant plus contestable que c’est grâce à lui, à l’unité retrouvée, que le royaume de Francie survivra sous le règne de derniers mérovingiens. Mais ces derniers auront à lutter –ce qu’ils ne feront d’ailleurs que très peu, n’en ayant pas les moyens- contre un nouveau danger : la montée en puissance d’une certaine aristocratie. Fille de la noblesse franque et des vieilles familles sénatoriales gallo-romaines, cette aristocratie va profiter de la faiblesse grandissante des derniers «  rois chevelus », l’autre nom des Mérovingiens.
Lorsque Clovis II meurt, son fils et héritier, Clotaire III n’a que cinq ans. Les quatre derniers souverains de la dynastie seront également mineurs en héritant du pouvoir. De ce fait, les leudes –la noblesse- aura beau jeu d’imposer sa loi. Et contre ce danger, va s’élever une autre autorité, celle des maires du palais. Parmi ceux-ci, une véritable dynastie de dirigeants apparaît. Déjà, à l’époque de Clotaire II (584-619), lorsque le rien de Neustrie, Brunehaut, avait montré quelques velléités d’indépendance et de conquête, un

Un roi fainéant d'après l'imagerie populaire (iconographie du XIXe siècle).
Un roi fainéant d’après l’imagerie populaire (iconographie du XIXe siècle).

noble austrasien s’était fait remarqué par son attachement au roi de Neustrie. Pépin de Landen, dit Pépin l’Ancien, était devenu maire du palais d’Austrasie, c’est-à-dire gouverneur. Son petit-fils, Pépin le Jeune ou de Herstal étendra sa charge à la Neustrie et à la Burgondie, de même que ses deux fils, Grimoald et… Charles Martel. Une dynastie qui avait donc tout intérêt à profiter de conflits né de la jeunesse des derniers Mérovingiens.
Point de fainéantise ou de décadence dans tout cela : juste un désordre et une jeunesse qui servira admirablement les ambitions des Pippinides (la dynastie des fils de Pépin). Quant à la légende qui entoure les derniers fils de Clovis, elle est essentiellement le fait d’historiens de l’époque carolingienne. Il est fort probable qu’il ne s’agisse alors que de propagande. C’était se donner une caution supplémentaire, une justification au changement dynastique (effectif avec Pépin le Bref) envers l’histoire mais également envers les nobles du royaume.