Les Seldjoukides font main basse sur le monde musulman

La bataille de Manzikert.
La bataille de Manzikert.

C’est dans le Turkestan occidental que voit le jour, au cours du Xe siècle, la tribu des Seldjoukides. Son nom vient de son premier chef, Seldjouk, qui conduisit sa tribu des bords de la Syr-Daria au Turkestan avant qu’elle ne s’établisse dans la région de Boukhara (vers 985). Soldats de Samanides -une dynastie persane-, les Seldjoukides allaient bénéficier de la chute de ces derniers pour se faire céder, par les Ghaznévides qui leur succédaient, le Khorassan. C’est là, vers 1035, que les Seldjoukides vont se révéler sous l’impulsion de Toghroul-beg, leur chef.
Ardent musulman sunnite, ce dernier devait soumettre toute la Perse et apporter son soutien au calife de Bagdad, alors sous la coupe de chiites.De fait, l’expansion des Seldjoukides devait très largement bénéficier de l’anarchie dans laquelle se trouvait le monde musulman au XIe siècle. Car à l’opposition religieuse entre chiites et sunnites, s’ajoutait le morcellement politique. A Bagdad, par exemple, le calife, sous tutelle iranienne, voyait battue en brèche l’autorité des Fatimides d’Egypte ; la Syrie était le proie des luttes entre les dynastie locales depuis que les Ommeyyades avaient disparu du champ politique.
Toghroul-beg allait pleinement profiter de la situation. Entré en maître à Bagdad après avoir soumis toute la Perse, Toghroul-beg devait s’imposer comme vicaire temporel du calife abbasside qui lui donnera le titre de « sultan » en sus de sa propre fille. Le successeur de Toghroul-beg, son neveu Alp-Arslan tentera d’intégrer les Seldjoukides dans un Etat centralisé et hiérarchisé.
Une volonté qui n’allait pas sans quelques difficultés tant les habitudes de nomades des Seldjoukides étaient ancrées en eux. De fait, la force des Seldjoukides, si elle résidait en un armée puissante basée sur la garde personnelle du sultan, sera de maintenir les fonctionnaires iraniens en place depuis des années et qui avaient fait leurs preuves dans l’administration civile. Avec l’armée, ce sera, quasiment, la seule preuve d’unité et la seule force des Seldjoukides, les discordes internes alimentant la faiblesse innée des nouveaux maîtres de la Perse. D’ailleurs, l’époque des « grands Seldjoukides », ne durera guère plus d’un demi siècle, de 1040 à 1090. Alp-Arslan s’emparera ainsi de l’Arménie, d’Alep et infligera à l’empereur de Byzance, Romain Diogène, une terrible défaite à Manzikert (1071), ouvrant les portes de l’empire aux invasions turques. Son fils, Malik-Chah, adjoindra à l’empire seldjoukide la plus grande partie de l’Asie mineure, enlevée à Byzance. La citée même que Constantin avait édifié manqua de tomber et seul les troubles internes, les révoltes de la Secte des Assassins notamment, devait la sauver… pour encore quatre siècles.
Après la mort de Malik-Chah, l’empire seldjoukide sera divisé au sens propre comme au figuré. Le plus important des sultanats qui en sortiront, sera celui de « Roum », du nom de « romain » ou byzantin et qui regroupait les terres enlevées aux Byzantins. Dans cette région, les Seldjoukides auront non seulement à faire avec les Byzantins mais, bientôt, avec les croisés. Il faudra que les Turcs seldjoukides montrent enfin un front uni pour mettre un terme aux victoires croisées, qu’ils entament même une contre-croisade sous l’impulsion d’une autre dynastie turque de Syrie, les Zenguides, qui enlèveront Edesse aux Francs et, sous Nour el-Din, continueront de mettre les Etats croisés en danger.
Malgré de fortes rivalités lors que chaque succession, les Seldjoukides d’Asie mineure marqueront encore, au cours du XIIIe siècle, de nombreuses victoires contre les Grecs, les Vénitiens ou les Arméniens. Le sultanat de Roum devait atteindre son extension la plus grande sous le règne de Kaïkobat Ier, qui l’étendit sur toute l’Anatolie. Pour peu de temps cependant : en 1237, Kaïkobat fut empoisonné par son propre fils, le pays secoué par une révolte turkmène et les envahisseurs Mongols firent leur apparition. L’empire des Seldjoukides ne survivra pas à cette double menace et en 1307 c’est un Mongol qui s’installe en vice-roi à Konya.