Les Vikings et « l’aigle de sang »

Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).
Un guerrier viking chargeant (iconographie du XIXe siècle).

Durant près de trois siècles, du VIIIe au XIe siècle, les Vikings vont semer la terreur en Occident. Surgissant des brumes de la mer du Nord, ils s’échouaient sur les côtes grâce à leur drakkars ou leurs snekkars (les uns ornés d’une tête de dragon, les autres d’une tête de serpent), des navires à faible tirant d’eau et remarquablement maniables qui leur permettaient de pénétrer toujours plus avant dans les terres. Marins hors-pairs, charpentiers de génies, les Vikings doivent beaucoup à la conception même de leur navires et à leur incroyable esprit d’aventure. Ils doivent aussi beaucoup à leur sens du commerce et, s’ils n’édifient guère de cités, multiplient, à partir du VIIIe siècle, les places commerciales, nécessaires à l’écoulement de leurs marchandises et à celui des butins, conséquence de leurs razzias. Les découvertes archéologiques faites sur ces sites commerciaux ne lassent pas d’étonner : un jeu d’échec en cristal de perse, des soieries chinoises, des pierres précieuse arabes, une statuette de Bouddha même ! Tout laisse penser que ces aventuriers sont allés au bout du monde. Mais, ne nous y trompons pas, les Vikings, même s’ils savaient jouer les commerçants, étaient avant tout des pillards capables de vider un village en quelques heures.
Les prémices du strandhagg (d'après une iconographie du XIXe siècle).
Les prémices du strandhagg (d’après une iconographie du XIXe siècle).

Les biens étaient pillés, les maisons incendiées et les malheureux qui n’avaient pas réussi à se cacher emmener en esclavage. Ce véritable blitzkrieg sanglant porte un nom : le strandhagg. Les chroniques occidentales ne cessent de la relater, comme frapper d’horreur. Car ce n’est ni la soudaineté de leur apparition, ni la rapidité de leur action qui fera la réputation les Nordmen –les hommes du Nord-, mais bien la cruauté mise en œuvre.
Avant tout le monde, les Vikings avaient saisi l’importance de la psychologie. Et ils en avaient fait une arme de guerre. Le tout était de prendre l’ascendant, dès le début, et pour ce faire ils avaient une technique bien à eux, dite de « l’aigle de sang ». Dès qu’ils arrivaient à proximité d’une ville ou d’un village, ils s’emparaient du premier quidam venu, lui sectionnaient les côtes dans le dos, le long de la colonne vertébrale, afin de faire sortir les poumons dans le dos, tels deux ailes ensanglantées. On imagine aisément l’impacte psychologique d’une telle action, même sur des populations habituées à une certaine brutalité. De fait, les habitants n’avaient plus qu’une idée : fuir le plus loin possible, ce qui laissait tout loisir aux Vikings de piller sans la crainte d’une quelconque réaction.
Cette technique fera ses preuves, trop bien sans doute, car la réputation de barbarie gratuite va poursuivre les Vikings à travers les siècles.