L’exception polonaise

L'aigle ornant les armes de la Pologne.
L’aigle ornant les armes de la Pologne.

Dans quelques jours, la Pologne sera appelée à élire les représentants de son parlement. Une Pologne qui détonne dan cette Europe relativement uniforme ; une Pologne qui, malgré une adhésion récente, est bien loin de courber l’échine face aux revendications de pays plus anciens. De fait, c’est elle-même qui revendique. Et haut et fort encore. La raison de cette « exception polonaise » ? Deux siècles et demi de soumission quasi permanente aux autres puissances d’Europe. Deux siècles et demi au terme desquels elle compte bien ne plus subir, mais imposer.
Le « gâteau polonais » : c’est ainsi que l’on avait surnommé cette terre, dénuée de frontière naturelle, placée au cœur des échanges commerciaux. Un « gâteau » que la Prusse –puis l’Allemagne-, l’Autriche et la Russie se partageront pas moins de trois fois de 1772 à 1795 puis une quatrième en 1815, suite à la défaite napoléonienne.
La Pologne indépendante, réapparu à l’aube de la Première Guerre mondiale, allait sombrer une nouvelle fois en devenant la cible numéro 1 du Reich. Les raisons de ce choix polonais sont multiples mais la plus évidente était la faiblesse de la Pologne. Sa faiblesse et la relative indifférence que son sort, au fil des siècles, avait engendré. Enfin, l’Allemagne du Reich, fille naturelle de la Prusse, voyait dans cette terre un vivier de main d’œuvre, d’être tout juste bons à servir. Une terre, selon Heinrich Himmler,  « peuplée de sous-hommes d’Orient ».
Mise en esclavage des Polonais, qui seront deux millions à être déportés comme travailleurs en Allemagne ; germanisation des esprits, avec la fermeture des universités, notamment ; soumission des élites, afin que ce peuple sache, qu’il « ne doit avoir qu’un seul seigneur et que celui-ci doit être allemand » (Martin Bormann). Un véritable régime de terreur se mettra en place sous le contrôle du gouverneur  général Franck. Une terreur qui fait de la Pologne le premier des pays martyrs de la guerre.
On a calculé, rapporte l’historienne Andrea Riccardi, que les opérations de guerre firent près de 650 000 victimes. Les autres moururent à cause des mesures prises par les nazis. Varsovie fut détruite à 90% ; pendant la période 1939-1945, moururent 850 000 habitants de la capitale, dont 450 000 dans les prisons et dans les camps.
Au total, la Pologne perdra 6 millions de ses fils et de ses filles –y compris les juifs. On comprend dès lors que ce pays, qui subira ensuite plus de cinquante ans de communiste et de mainmise soviétique ait à cœur de défendre son identité, sa spécificité, surtout et y compris dans un système de nivellement politique et moral tel que celui de l’Union européenne.