Livie : un « maître » pour Agrippine

Auguste et Livie (détail d'une peinture de J.-B. Wicar).
Auguste et Livie (détail d’une peinture de J.-B. Wicar).

Messaline, Agrippine : voilà des noms que l’on connaît et pas de la meilleure façon qui soit. Mais Livie dans tout ça ? La femme d’Auguste est loin d’être exempte de tout reproche ; elle ressemblerait même assez à Agrippine, dont on peut dire qu’elle sera, par son histoire, une sorte de maître dans l’art de conspirer.
Cette héritière de la gens Claudia avait épousé Tiberius Claudius Nero dont elle avait un fils, le futur empereur Tibère, et dont elle attendait un second fils, Drusus, lorsqu’Auguste s’éprit d’elle et en fit son épouse (38 avant J.-C.). Son mariage avec le plus haut représentant de l’Etat étant demeuré stérile, Livie n’aura de cesse de mettre son ou ses fils sur le trône de cet empire qui se dessinait à grands pas. Mais être la femme d’Auguste ne permettait pas tout ; surtout, cela n’éliminait pas tous les autres prétendants à la succession de celui qui avait volontairement refusé d’être empereur en titre tout en en assumant toutes les fonctions. C’était donc un destin exceptionnel que Livie voulait pour les fils de Tiberius Claudius Nero.
De fait, sa propre succession sera la grande affaire d’Auguste. Pour se faire, il octroie à son neveu -le fils de sa soeur- le pontificat et l’édilité alors même qu’il n’est qu’un adolescent ; il octroie à Marcus Agrippa, un de ses meilleurs généraux, deux consulats successifs, puis en fait son gendre. Et si ses beaux-fils, les fils de Livie, deviennent « imperator », Auguste adopte les fils d’Agrippa, Caïus et Lucius. Il semble bien que ce soit sur eux que le maître de Rome ait fondé le plus d’espoir. C’est donc sur eux que Livie s’acharnera.
Tel est du moins le témoignage de Tacite qui, dans ses Annales, qui évoque clairement une possible machination « de leur marâtre Livie ». Caïus et Lucius, de fait, mourront. Drusus étant mort depuis déjà quelques années, restait Tibère Néron, qu’Auguste adoptera.

L'empereur Tibère (42 avant J.-C.- 37 après J.-C.).
L’empereur Tibère (42 avant J.-C.- 37 après J.-C.).

Tacite raconte qu’il « le prend pour fils, pour collègue au pouvoir, pour associé à sa puissance tribucienne » -système imaginé par Auguste pour se faire délégué les pouvoirs d’un tribun de la plèbe alors qu’il était d’une famille aristocrate et donc interdit à cette fonction. Tibère sera présenté aux armées comme plus tard les nouveaux empereurs, validant, par cette action, leur accession. Mais la voie royale n’était pas si dégagée que cela. Certes, Auguste n’avait pas de fils, mais il avait un petit-fils. Et la voix du sang est parfois plus forte que tout. Là encore, Livie devait jouer de son influence sur Auguste en faisant exilé Agrippa Postumus, l’unique descendant direct d’Auguste, ce qui laissera le champ libre à Tibère. Ce dernier n’eut alors qu’une seule contrainte : se soumettre, ce qu’il faisait déjà depuis longtemps, et adopter le fils de son frère, Germanicus. De toutes les façons, Livie avait gagné : c’était ses fils ou ses héritiers qui allaient succéder à Auguste.
Mais comme Agrippine, qui, quelques années plus tard fera tout pour faire adopter son fils, Néron, par l’empereur Claude, au détriment de son fils naturel -quitte à l’éliminer physiquement-, Livie, « la meilleure des mères » ne sera guère payée en retour. Le manque d’appétence de Tibère pour le pouvoir impérial, n’explique pas tout. Car Tibère fera tout pour s’éloigner, pour éloigner sa mère de sa vie, comme le fera Néron, de manière plus radicale il est vrai. Au final, Livie apparaît comme le mentor de celles dont l’histoire a retenu le nom. Elle apparaît comme une femme qui, avant son fils lui-même, avait compris que tout se jouait sur le présence et l’élimination ; bref, sur l’omniprésence. Et Auguste, si attentif à sa succession, si préoccupé de créé cet empire, ne le verra pas ou, du moins, n’y mettra guère de frein.