Madame de Staël : la révolution romantique

Portrait de Madame de Staël (1766-1817).
Portrait de Madame de Staël (1766-1817).

Anne Louise Germaine de Staël-Holstein, plus connue sous le nom de Madame de Staël, est, plus que tout, une femme de son époque. Une époque dominée par l’esprit révolutionnaire autant que romantique ; une époque où le second inspirera largement le premier.
Fille du banquier genévoix ministre de Louis XVI, la future Madame de Staël grandit à Paris environnée de tout ce qui fait la "bonne société" de l’époque. Les salons, les philosophes, les idées les plus hardies font le bonheur d’une élite en mal de reconnaissance, en mal de renouveau. De fait, la société bourgeoise et noble de la fin de la monarchie s’adonne avec passion à la philosophie, à l’esprit des Lumières, s’enhardit même à quelques développements fleurant bon la révolution… sans pour autant imaginer un seul instant que cette révolution tant souhaitée, tant soutenue, n’aura rien d’un élan romantique. On comprend, alors, le succès de Rousseau ; on comprend également que les élites, comme Madame de Staël, ne se soient pas "reconnues" dans la révolution sanglante qui se déclenche en 1792. C’est à cette date que Germaine de Staël quitte Paris pour la Suisse ; à cette date qu’elle entame son œuvre littéraire, composée de poèmes, de nouvelles, d’essais et de commentaires sur les événements qui bouleversent l’Europe.
Signature de Madame de Staël.
Signature de Madame de Staël.

En 1795, alors que le vent le plus meurtrier de la Révolution semble s’être évaporé, Madame de Staël regagne Paris. Deux ans plus tard, avide de se "lancer en politique" mais dans le seul domaine qui est laissé aux femmes, elle ouvre un salon où les esprits libéraux, les monarchistes constitutionnels, les républicains modérés, bref, les "idéologues" se rencontrent. La figure la plus célèbre de ce salon, Benjamin Constant, sera son amant jusqu’en 1808. Surtout, Germaine de Staël avait déjà conquis une certaine notoriété littéraire, qu’elle confirmera avec des romans tels que "Delphine" ou "Corinne". Ce dernier, écrit en 1807, faisait suite à un voyage en Italie ; "De l’Allemagne", qui exalte le romantisme germanique, consacre le pré-romantisme et le cosmopolitisme de l’écrivain. Deux aspects qui marqueront le romantisme du XIXe siècle. Un romantisme né, non pas en réaction à la Révolution, un romantisme qui, comme le révèle si bien la vie et les écrits de Madame de Staël, fait partie intégrante de la Révolution, l’inspirera même.