Madame Geoffrin, la « mère » du roi Stanislas

Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) dans sa vieillesse.
Marie-Thérèse Geoffrin (1699-1777) dans sa vieillesse.

On le sait, le XVIIe siècle mais surtout le XVIIIe siècle seront les siècles des salons. C’est au XVIIe siècle, sous l’impulsion de madame de Rambouillet qu’allait naître une mode qui fera la joie -et la gloire- de quelques beaux esprits ou de ceux qui se voyaient tels. Exilée volontaire de la cour d’Henri IV -qu’elle jugeait trop licencieuse-, madame de Rambouillet animera, de 1610 à 1660, une "espèce d’académie de beaux-esprits, de galanterie, de vertu et de science", selon le mot de Saint-Simon. Le cardinal de Richelieu, Condé, Malherbe, La Rochefoucauld, madame de Longueville, madame de Scudéry, pour ne citer les plus célèbres, se pressaient autour de Catherine de Rambouillet, devenue pour l’occasion Arthenice, et jouaient de galanterie, critiquaient les ouvrages récents ou faisaient assaut d’esprit et de philosophie. C’est à l’hôtel de Rambouillet que Corneille jouera la première de Polyeucte, que Bossuet, âgé de seize ans à peine, improvisera un sermon. Philosophes, poètes, tous, se voyaient contraint de passer sous le regard critique des habitués s’ils avaient l’ambition ne serait-ce que d’exister.
Au siècle suivant, la mode resta aux salons dont certains, par contre, allaient se "spécialiser", les uns accueillant les poètes, les autres les philosophes, les autres encore les scientifiques. Ce ne sera pas le cas du salon de madame Geoffrin qui devait demeurer dans la généralité.
Fille d’un valet de chambre de la dauphine, Marie-Thérèse Geoffrin devait épouser un riche entrepreneur qui aura l’idée -excellente- de décéder assez rapidement. Sise à la tête d’une fortune, Madame Geoffrin devait organiser, deux fois par semaine, deux dîners où les gens de lettres côtoyaient les savants, les artistes. Belle, spirituelle malgré son manque d’instruction, elle devint un soutien actif -et payant- des Encyclopédistes et, surtout, accueilli à de multiples reprise Stanislas Poniatowski, qui la considérait comme sa mère.
L’accueil de Madame Geoffrin -qui ne fut certainement pas forcé- devait se révéler payant lorsque Stanislas, devenu roi de Pologne, la fit venir à Varsovie (1766). Dans chaque pays, chaque duché traversé, Madame Geoffrin allait être accueillie avec des égards dus à une dame d’un rang bien supérieur à celui de la fille d’un valet ; avec des égards dus à la mère d’un souverain.
Lorsqu’elle mourut, à Paris, en 1777, elle avait prouvé qu’elle méritait bien le nom de "mère" du roi Stanislas.