Mais qui sont les nains ?

Siegfried combattant un nain dans la Légende des Nibelungen (gravure ancienne).
Siegfried combattant un nain dans la Légende des Nibelungen (gravure ancienne).

De nos jours, point de doute : le mot de nain désigne sans équivoque des personnes de petites tailles. Mais en était-il de même concernant les nains de l’Autre monde, ceux du « petit peuple » qui, avec les lutins et les elfes, peuplent les mythologies celtes, scandinaves et germaniques ? L’étymologie, comme la mythologie, permettent d’en douter. En fait, il apparaît même que les nains sont nés d’un géant…
Mais revenons à l’étude du nom même de nains. En norrois, vieil allemand ou vieil anglais, « nain » se dit dvagr, zwerc ou dveorg, des mots de même origine qui dérivent de l’indo-iranien dhraugh, qui signifie « tromper » ou de dhwar, c’est-à-dire « courber ». Le nain serait donc essentiellement un être difforme et fourbe, deux qualificatifs complémentaires dans l’esprit médiéval qui associe généralement le physique et le moral, l’un reflétant l’autre. De fait, dans la littérature médiévale comme dans la mythologie, le rôle des nains est bien peu flatteur et leur réputation de voleur n’est plus à faire. Mais étaient-ils petits pour autant ? Rien ne l’indique et même le contraire… En effet, la littérature médiévale allemande –qui aime le merveilleux autant que la précision, on ne se refait pas- ne cesse d’employer les termes de « petit nain » ou « nain minuscule ». Accordons aux auteurs allemands d’avoir su éviter les pléonasmes. Dans ce cas, « nain » ne voudrait pas désigner un être particulièrement petit. Voilà qui nous ramène donc à la conclusion précédente, à savoir qu’un nain est alors un être faux, trompeur mais aussi bien petit que grand physiquement.
La mythologie scandinave accrédite également cette thèse. En effet, elle fait naître les nains des entrailles du géant Ymir. Naître des entrailles est là une façon de parler, les nains étant issus du cadavre en décomposition d’Ymir –duquel sera également tiré la voûte céleste, portée par quatre nains, et la terre.
Snorri Sturluson, auteur islandais du XIIIe siècle qui représente la seule source écrite sur la mythologie et les sagas scandinaves, rapporte même que :
Les nains s’étaient d’abord formés dans le corps d’Ymir et avaient pris vie. En ce temps-là, ils étaient des vers mais, par décision des dieux, ils reçurent la raison et la forme humaine. (Citation extraite de Les nains et les elfes de Claude Lecouteux).

Le nain devenu dragon Fafnir tué par Siegfried (d'après une iconographie récente).
Le nain devenu dragon Fafnir tué par Siegfried (d’après une iconographie récente).

Là encore, Snorri Sturluson n’évoque nullement la taille des nains, par contre, il les rapproche fortement des géants avec lesquels ils ont, il est vrai, de nombreux points communs. Comme eux, ils sont, on l’a dit, des êtres fourbes ; ils sont également magiciens, détenteurs de grandes richesses et, surtout, ils font partie, comme les géants, de l’Autre monde, c’est-à-dire du monde des morts. La légende des Nibelungen répertorie fort bien les diverses atouts des nains lorsqu’elle met en scène les nains Fafnir et Reginn, deux frères qui se disputent la garde du trésor des Nibelungen. C’est d’ailleurs sous l’apparence d’un dragon –qu’il prit volontairement- que Fafnir se fera occire par le héros Siegfried. Et c’est aussi dans une montagne que ce trésor était gardé, comme d’ailleurs tous les trésors dont les nains sont gardiens. Or, dans les mythologies indo-européennes, les montagnes sont souvent associées à l’Autre monde, au monde des morts. Ces mêmes montagnes sont aussi les lieux de résidence privilégiée des nains comme des géants. A croire que les géants et surtout les nains sont des gardiens du royaume des morts. A moins qu’ils n’en soient les habitants… Les nains seraient alors tout simplement une évocation supplémentaire des gardiens des Enfers ou des âmes des trépassés ; des revenants malfaisants et craints.