Marco Polo démasqué

Portrait de Marco Polo (1254-1324).
Portrait de Marco Polo (1254-1324).

An de grâce 1298. Marco Polo, revenus depuis trois ans d’un long séjour en Chine, tombe aux mains des Génois. Une année durant, il passe le temps en égrainant ses souvenirs, souvenirs dont Rusticello, un de ses compagnons d’infortune, rédigera le Devisement du monde, rapidement rebaptisé le Livre des merveilles.
De fait, la relation de voyage de Marco Polo a de quoi impressionner. Les fastes de la cour chinoise, les chasses somptueuses, l’or, les perles, la richesse de la capitale enfin : tout incite au rêve. Au rêve d’or, surtout, ce qui conduira les Vénitiens à désigner l’ouvrage sous le nom de Millione. « Un conte merveilleux, selon Jacques Heers, destiné à divertir un public de cour ». Un conte dont la véracité peut être sérieusement mise en doute. De même que son intérêt d’ailleurs. Car si la richesse transparaît à chaque page, le parcourt de Polo, son voyage frôle la fantaisie. Samarkand, la Chine, le Tibet mais aussi l’Inde et l’Afrique : tout le monde connu est répertorié, faisant de Polo un voyageur infatigable. L’histoire paraît même si étonnante que certains historiens ont carrément mis en doute son séjour chinois.

Sans aller jusque-là, rappelons juste que Marco Polo n’était pas le premier à atteindre la Chine ; que des missionnaires l’avaient fait avant lui ; que des Nestoriens, adeptes d’une hérésie du Ve siècle, se trouvaient à Pékin. Rappelons également que le Livre des merveilles n’a rien d’un récit fidèle de la réalité et qu’il répond aux fantasmes des Européens… tout en faisant la promotion d’un marchand devenu, selon ses dires, un proche du grand khan.