Marguerite d’Anjou : celle qui enleva l’Anjou à l’Angleterre

Marguerite d'Anjou et Henri VI, d'après une enluminure d'époque.
Marguerite d’Anjou et Henri VI, d’après une enluminure d’époque.

Son père avait hérité de tous ce que l’Europe et l’Orient comptait de duchés, comtés ou royaume. Second fils de Louis II d’Anjou, il devient duc de Bar à la mort de son grand-oncle, duc de Lorraine grâce à son mariage, duc d’Anjou et de Provence après la mort de son frère aîné, Louis III, roi de Naples après celle de la reine Jeanne, ainsi que roi de Jérusalem et de Sicile. S’il perdra effectivement la Sicile, Naples et Jérusalem, se déferra de la Lorraine, le Roi René demeure un des personnages les plus célèbres de la fin du Moyen Âge. Une célébrité due plus à son mécénat et à son amour des arts qu’à sa gestion de cet héritage aussi fabuleux qu’hétéroclite.
Sa fille, Marguerite d’Anjou, est nettement moins célèbre. Du moins en France. Car l’Angleterre lui reprochera toujours d’avoir fait perdre, pour toujours, le Maine et l’Anjou.
C’est en 1445 que Marguerite épouse Henri VI, le malheureux prétendant à la couronne française. Femme de tête et de caractère, elle exerce de fait le pouvoir en lieu et place de son époux. Une ascendance qui attise les mécontentements, les haines mêmes. Un état d’esprit qui sera accentué lorsque sera révélée une clause de son mariage, jusque-là gardée secrète, à savoir le retour du Maine et de l’Anjou à la France. Les féodaux anglais allaient prendre cette clause pour excuser leur révolte contre le souverain et son entourage. La reine, notamment, se trouve accuser de tous les malheurs de l’Angleterre et de la fin -peu glorieuse- de la guerre de Cent Ans.
C’est alors que la maison d’York, descendante du quatrième fils d’Edouard III quant Henri VI était issu du troisième fils de ce dernier, fit valoir ses prétentions. Richard d’York tenta d’abord d’imposer sa tutelle à Henri VI, dont la faiblesse était reconnue. Il devint même protecteur du royaume en 1453-1454, mais se révolta bientôt. Un compromis, sensé ramener le calme dans le royaume, fut signé en 1455 après la défaite des troupes royales. Mais il déshéritait le fils d’Henri VI et de Marguerite… C’est alors que la reine décida de prendre les choses en main. Elle leva une armée et Richard d’York fut battu et tué à la bataille de Wakefield, en 1460. Son fils, Edouard, devait reprendre le flambeau et rallumer la guerre des Deux-Roses. Marguerite allait certes battre à nouveau les Yorkistes mais cela n’empêcha pas Edouard de marcher sur Londres et de s’y faire proclamer roi en mars 1461. Le roi fut arrêté et enfermé à la Tour de Londres et Marguerite ne trouva le salut que dans la fuite. Réfugiée en France, elle allait lever une seconde armée qui, aidée par la scission entre d’Edouard IV et le comte de Warwick, qui menait ses armées, devait permettre le rétablissement d’Henri VI sur le trône. Pour peu de temps cependant. Après une fuite d’une année, Edouard IV revint en Angleterre, battit Warwick à Barnet, qui perdit la vie dans la bataille, s’empara d’Henri VI, de Marguerite et de leur fils à Tewkesbury (1471). Henri VI devait mourir peu après et Marguerite resta enfermé à la Tour de Londres jusqu’à ce que Louis XI se soit enfin décidé à payer sa rançon (1475). C’est en France, où elle avait trouvé refuge, qu’elle devait mourir en 1482. L’Angleterre, à cette date, vivait sous le règne d’Edouard IV… qui devait mourir un an après. Ce n’est qu’en 1485, après l’assassinat des enfants d’Edouard, la mort de Richard de Gloucester, que le royaume retrouverait une certaine stabilité, grâce notamment à l’avènement d’Henri Tudor, Henri VII, qui, en épousant Elisabeth d’York, devait unir les deux maisons à la rose et mettre fin à la guerre des Deux-Roses.