Mazarin ou l’amour de la France

Mazarin et Anne d'Autriche.
Mazarin et Anne d’Autriche.

Entré dans la carrière ecclésiastique, il ne fut jamais ordonné prêtre ; envoyé par le gouvernement italien en mission en France, il embrasse les intérêts de ce dernier pays au détriment du sien et ses études en droit canon à l’université d’Alcala ne feront pas de lui un « bon et fidèle chrétien » : toute la vie de Mazarin aura été, selon le mot cruel de Michelet qui ne l’aimait guère, « une série de malentendus, de compromissions et de paradoxes où la fidélité à une cause ou bien à un souverain ne trouvera jamais place ».
Jugement injuste : les historiens, qui se sont attachés à restituer, de façon équitable, le rôle joué par ce grand commis de l’État, montrent qu’il a aimé passionnément la France et l’a servie avec une abnégation sans limite. Pourtant, aucun homme politique ne fut autant tourné en dérision, humilié, trahi, diffamé. Ses caricaturistes ont même créé un genre : les mazarinades, où le cardinal italien est ridiculisé au-delà de toute mesure. Il y en aura plus de quatre mille et certains de leurs auteurs sont célèbres, comme Scarron, le cardinal de Retz ou Guy Patin.
« Il a eu bien du mérite à aimer la France », dira Voltaire qui appréciait chez le conseiller d’Anne d’Autriche un « mélange de souplesse, de fermeté et de vigilance ».
La mort de Mazarin, d'après une gravure du XIXe siècle.
La mort de Mazarin, d’après une gravure du XIXe siècle.

Né à Pescina dans les Abruzzes en 1602, Mazarin fait un bref séjour chez les Jésuites et dans l’armée pontificale avant d’arriver en France. Sa rencontre en 1630 avec Richelieu scelle son destin. Un an plus tard, il contribue à la paix de Cherasco qui offre Pignerol à la France. Vice-légat à Avignon puis nonce à la cour de France, il s’attache désormais à Richelieu.
Le ministre de Louis XIII, qui a perçu chez le jeune prélat italien l’étoffe d’un homme d’État, va donc assurer l’ascension de Mazarin. Il lui donne, en 1639, en souvenir de Pignerol, ses lettres de naturalisation puis le nomme cardinal l’année suivante. À sa mort, il le recommande à Louis XIII qui le désignera dans son testament comme membre du conseil de régence auprès de la reine, la très dévote Anne d’Autriche. Fut-il, comme l’affirme la légende, son amant ? A-t-il été uni à elle par un mariage secret ? Aucun historien n’a pu le démontrer avec certitude. Ce qu’on sait, par contre, c’est sa fidélité absolue à la régente, son dévouement au jeune Louis XIV, surtout pendant le terrible épisode de la Fronde, et sa contribution -décisive et indiscutée- aux grandes victoires remportées par les troupes royales à Rocroi (1643), Nordlingen (1645), Lens (1648) et à leur heureuse et fertile conclusion pour le pays, c’est-à-dire la paix de Westphalie (octobre 1648) qui rétablit la paix entre la France et l’Empire. Sans compter le diabolique traité des Pyrénées qui, tout en scellant le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse, offrira, quelques années plus tard, le trône espagnol à un petit-fils de France.
Son décès, survenu à Vincennes en 1661, va priver la monarchie française de l’un de ses plus sûrs soutiens.