Michelet : l’histoire au service de la propagande

Jules Michelet (1798-1874).
Jules Michelet (1798-1874).

On a peine à le croire, mais avant d’être le républicain ardent que l’on sait, Jules Michelet était un catholique royaliste de la plus belle étoffe. Après s’être distingué comme chargé de cours d’histoire ancienne à l’Ecole normale supérieure, il devint même précepteur de la petite-fille de Charles X puis de la fille de Louis-Philippe. L’histoire enseignée par Michelet ne devait pas, à cette époque, avoir les mêmes accents révolutionnaires et républicains qu’on lui connu ensuite. On peut d’ailleurs se demander ce que l’histoire enseignée dans les manuels eut été s’il était resté royaliste, si la révolution de 1830 puis celle de 1848 n’avaient pas bouleversées les idéaux de l’historien, transformant le royaliste bon teint en républicain acharné. Une nouvelle orientation politique qui va marquer son enseignement, aussi bien au Collège de France, où il reçoit une chaire en 1838, que dans ses écrits, notamment sa célèbre Histoire de France. Pittoresque, lyrique, enflammée, l’œuvre majeure de Michelet va devenir un outil de propagande si efficace que cette histoire revisitée fait encore des ravages. Pourtant, la propagande manque ici singulièrement de finesse.

Sa haine de l’Ancien régime et de l’Eglise transparaît à chaque page, à chaque ligne et la manipulation des faits est si grossière qu’on en vient à se demander comment elle a pu acquérir le moindre crédit. C’est en effet sans complexe aucun que cet ancien directeur des Archives nationales va travestir des pans entiers, des siècles d’histoire de France, ne réservant son enthousiasme qu’à quelques figures emblématiques et porteuses de l’idéal national. Le cas Michelet n’est pas isolé, il va même faire école, Bordier, Charton, Guizot s’engouffrant dans la brèche. Une génération entière d’historiens se voit alors changé en propagandistes, en mystificateurs, sans pour autant atteindre au talent lyrique de Michelet. Car c’est sans doute là qu’il faut voir les vraies raisons du succès de ce pseudo historien : dans une plume admirable, vive, vibrante même. Un succès qui aurait dû, logiquement, se tarir, notamment au vu des travaux d’historiens digne de ce nom… ce qui ne sera jamais le cas.