Mithra, le « dieu invaincu »

Mithra tuant le taureau, entouré de ses deux porteurs de torches, Cautès et Cautopatès.
Mithra tuant le taureau, entouré de ses deux porteurs de torches, Cautès et Cautopatès.

«  Et les pas des légions avaient marché pour Lui. »
Ces mots de Charles Péguy sur les débuts du christianisme pourraient s’appliquer tout autant à l’expansion du culte de Mithra dans l’Empire romain. Et ce n’est qu’un de leurs nombreux points communs.
Vraisemblablement apparue au IIe siècle av. J.-C. en Perse, la dévotion envers Mithra fait partie de ces cultes orientaux où les mystères, les rites initiatiques et le fondement même de la croyance ne pouvaient que séduire un peuple romain lassé depuis longtemps du bien peu transcendant culte des ancêtres. En effet, contrairement à la religion romaine ou même au culte de Cybèle –qui eut pourtant ses adeptes dans l’Empire à la même époque-, le mithraéisme, comme le christianisme a pour but premier le salut des hommes.
La légende raconte que Mithra sorti des entrailles d’une roche –la petra generatrix-, coiffé d’un bonnet phrygien, armé d’une torche et d’un couteau qui allait lui permettre d’assujettir les forces du mal, personnifiées par un taureau. Allié à Sol, le dieu des quatre éléments –soleil, terre, air et eau-, il donna aux hommes le blé, le vin et tous les animaux nécessaires à leur survie.
On notera la présence du vin dans les dons faits aux hommes ; mais ce qui est encore plus surprenant, c’est les parallèles, déjà rapidement évoqués, avec la religion chrétienne. En effet, non seulement Mithra a vaincu les forces du mal, mais il promet aussi le salut à ses initiés et préconise la fraternité entre eux, sans distinction sociale. Autre élément étonnant, le banquet qui scella l’alliance du «  dieu invaincu » et du dieu Sol, banquet que les initiés au culte de Mithra reproduisaient en partageant du pain et du vin… Les auteurs chrétiens, qui avec l’archéologie sont nos seules sources de renseignements, évoquent également les sacrifices rituels, notamment le taurobole, durant lequel les initiés sont aspergés –certains disent immergés- dans du sang de taureau, ce qui n’est pas sans rappelé le baptême des chrétiens.
Le culte de Mithra, qui connaît son âge d’or au IIIe siècle, sera célébré dans tout l’Empire, notamment en Gaule, à Rome et dans les zones accueillant de fort contingents de militaires, comme le prouvent les nombreux vestiges de mitraea, les lieux de culte. Il bénéficiera également de la protection de quelques empereurs, adeptes des religions hiérarchisées, et sera même adopté par Commode.
Pourtant, rapidement, cette religion va disparaître. A cela deux raisons, sans doute complémentaires : la montée en puissance du christianisme et l’exclusion des femmes du cercle des initiés. Or on sait trop bien le rôle essentiel des femmes dans le domaine religieux. Une influence dont l’Eglise chrétienne naissante, martyrisée saura profiter.