Mithridate, l’autre Hannibal

Portrait de Mithridate VI Eupator (v.132 avant J.-C.-63 avant J.-C.).
Portrait de Mithridate VI Eupator (v.132 avant J.-C.-63 avant J.-C.).

"Un vrai Hannibal" : c’est ainsi qu’un historien romain désigne Mithridate VI le Grand, ennemi acharné de Rome, "remarquable par le courage, quelque fois prodigieux par la chance, toujours par le cœur, chef par l’intelligence, soldat par la force"… Que de compliment pour un souverain qui n’aura de cesse de défier Rome ; pour un souverain qui avait tout pour être l’allié de la puissante péninsule, qui parlait vingt-deux langues et avait reçu une éducation hellénistique. Son père, ouvrant la voie pour lui, avait d’ailleurs était allié de Rome au cours de la troisième guerre punique. Mais Mithridate V était mort alors que son fils n’avait que douze ans. Et il était mort empoissonné par son épouse, la mère de Mithridate VI. Une véritable chasse au pouvoir s’ouvrit alors, obligeant le jeune Mithridate VI à fuir. Ce n’est que vers 111 avant J.-C., alors qu’il a vingt-deux ans, qu’il prend possession de son trône. Par la force. En jetant sa mère en prison et en écartant son frère qui s’était indûment emparé du trône.
Dès lors, Mithridate est dans la peau d’un conquérant, seule et unique façon de n’être pas, de n’être plus un jouet politique. Il s’empare du Bosphore cimmérien, partage un temps la Paphlagonie avec le roi de Bithynie et conquiert finalement la Bithynie elle-même. C’est son intérêt pour la Cappadoce qui devait servir de déclencheur ou d’excuse à la réaction romaine.
Les légionnaire romains, d'après une gravure du XVIIe siècle.
Les légionnaire romains, d’après une gravure du XVIIe siècle.

Allié des Romains, Ariobarnaze de Cappadoce sera détrôné en 94 avant J.-C., et rétabli par ses alliés deux ans plus tard. De fait, les Romains n’avaient aucun intérêt à laisser un souverain s’emparer de l’Asie mineure et des royaumes épars la constituant. Leur désir de domination ne pouvait que se satisfaire d’une multitude de royaumes et donc de pouvoirs différents. Or Mithridate faisait mine de s’opposer à Rome, non pas directement, mais en voulant tout bonnement créer un royaume capable de rivaliser, à terme, avec la puissance romaine. Et les événements allaient clairement donner raison à Rome : à peine le royaume bithynien conquis, Mithridate devait s’emparer d’Ephèse et organiser la révolte des Grecs contre Rome. Alors qu’il avait ordonné le massacre de tous les Romains présents en Asie, il acquit l’appui d’Athènes, où son principal lieutenant fut accueilli comme un libérateur. C’est Sylla qui allait se charger de redéployer la puissance romaine en Grèce et en Asie mineure. C’est après un siège éprouvant que les armées romaines vont reprendre Athènes (86 avant J.-C.) ; une victoire contre Mithridate lui-même suivra, obligeant le roi du Pont à accepter la paix. Mais Mithridate demeurait souverain en son royaume et avait donc tout loisir de reprendre rapidement ses velléités de conquêtes. Rome en était consciente et, en 74 avant J.-C., reprit la Bithynie, annonçant ainsi le retour des hostilités. L’alliance du roi d’Arménie ne devait pas suffire et, en 66, Pompée allait signer la fin du royaume de Mithridate. Pompée et le fils même de Mithridate, Pharnace, qui profitera de la guerre entre son père et le général romain pour se révolter. Réfugié dans ses possessions de Crimée, Mithridate VI, qui aurait avait failli renverser la domination romaine en Grèce et en Asie, demanda à un de ses mercenaires de l’assassiner.