Pachacutec ou le mythe de la civilisation inca

Buste de Pachacutec, le IXe Inca.
Buste de Pachacutec, le IXe Inca.

Selon la tradition quechua, c’est au XIIIe siècle que Manco Capac, le souverain légendaire, aurait fondé l’empire des Incas. Une dynastie qui prend racine en pays quechua et s’établit à Cuzco. En fait, il est vraisemblable que la culture inca ait existé avant le XIIIe siècle, mais c’est à cette époque qu’elle acquiert une organisation aussi bien politique que militaire. Son extension, quant à elle, attendra encore deux siècles et c’est à Pachacutec, le Ixe souverain inca, qu’elle le doit.
Pachacutec Yupangui arrive au pouvoir en 1438. A cette époque, les Andes sont loin de formées un tout, une unité : les luttes entre tribus, l’anarchie parfois dominent. Pachacutec, lui, va utilisé la relativement nouvelle unité de son petit royaume pour s’étendre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne rencontrera guère de résistance. Maître de Tiahuanaco, il s’empare de l’empire de Chimu puis étend sa domination sur des milliers de kilomètres le long de la chaîne andine. Afin d’unifier son empire, il écrit une constitution qui, si elle n’est pas écrite, est respectée à la lettre. Il faut dire que les peuples qui vivent sous la férule de Pachacutec n’ont guère le choix et que la constitution de l’Inca est directive jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne. Certains diraient même qu’elle est d’inspiration totalitariste. Sans doute n’auraient-ils pas tout à fait tort. D’ailleurs, l’Inca prouvera maintes fois son manque de scrupule et sa tendance dictatoriale.
Afin d’éviter les rebellions, par exemple, ou les désirs trop vifs d’indépendance, Pachacutec n’hésitera pas à recourir à la déportation -appelée « mitmai ». Les tribus rebelles se retrouveront ainsi mélangées à des peuples soumis et les peuples fidèles transférées dans des régions non pacifiées. La langue, elle aussi, devient un instrument de conquête et d’unification. Seule la langue quechua est désormais admise. Elle est même obligatoire pour qui veut faire « carrière », notamment comme fonctionnaire de l’Inca. La religion est également la même pour tous, les adeptes d’autres croyances faisant l’objet de persécution. Un intense réseau de routes traverse l’empire, permettant la diffusion des lois, mais aussi le contrôle du pays par les hommes du souverain.

Le condor des Incas, d'après une fresque murale.
Le condor des Incas, d’après une fresque murale.

La société entière est soumise à une hiérarchisation à laquelle elle ne peut échapper. Au sommet de la pyramide se trouve bien entendu l’Inca lui-même : l’équivalent d’un dieu au point que personne n’a même le droit de le regarder ; au point qu’il ne peut épouser que sa propre sœur -comme dans la civilisation égyptienne et pour la même raison d’ailleurs. Les fils de l’Inca intègrent la caste des princes du sang et s’ajoutent à la noblesse la plus haute. Viennent ensuite les prêtres qui, comme la noblesse, sont entretenus par le peuple. Ce dernier, essentiellement formé de paysans, doit partager ses revenus en trois parts : la première revient à l’Inca, la seconde au clergé et à la noblesse et la troisième, enfin, lui est destinée. Sans compter les multiples corvées qui peuvent lui être imposées -construction de routes, de palais, de pyramides, service militaire… Dès leur naissance, les enfants voient leur destin tout tracé… par un fonctionnaire de l’Inca qui les orientent selon dix catégories pré-établies par le souverain lui-même. Le mariage lui-même est décidé, à vingt-cinq ans, par un fonctionnaire qui donne son accord et choisit le conjoint ! Ceux qui parviennent à échapper à la paysannerie peuvent devenir artisans, mais ils sont alors les employés directs de l’Inca.
Ce qui ressort de cet état de faits, c’est que la civilisation inca n’existe pas vraiment. Un système de gouvernement, des lois, une façon de vivre ont existé, qui ne font pas une civilisation. Certes, on évoque volontiers les palais ou les temples incas : mais ils n’ont existé que parce que la main d’œuvre était à portée de main, abondante et gratuite. Des palais qui ont tout de forteresse mais où l’art est inexistant ; des forteresses pour une armée pas même moderne et que les Espagnols n’auront guère de mal à écraser.