Petite histoire du manuscrit

Copiste de la fin du Moyen Âge (détail d'un manuscrit).
Copiste de la fin du Moyen Âge (détail d’un manuscrit).

On présente généralement l’imprimerie comme une véritable révolution. C’est effectivement le cas même si l’imprimerie n’a pas inventé la diffusion mais l’a placé dans une perspective plus large. En effet, nombre d’ouvrages antiques ou médiévaux ont été copiés et diffusés assez largement. C’est ce que l’on nomme les « manuscrits ». L’imprimerie ne fera que reprendre ce principe, destiné à répandre un ouvrage, à une échelle plus large, due à la facilité de fabrication que permettra la mécanique.
Le plus ancien manuscrit en langue française est celui de la Cantilène de sainte Eulalie, que l’on date de 881 après J.-C.. Et encore ne contient-il qu’un fragment de texte en français. Le plus ancien texte français est en fait un acte politique, le fameux Serment de Strasbourg qui verra la division de l’empire de Charlemagne entre ses héritiers. Prononcé en 843, le Serment de Strasbourg sous forme de manuscrit ne verra le jour qu’à la fin du Xe siècle. Il est cependant assez intéressant de noter que c’est donc un texte politique, l’acte de fondation de la Francie, de la Lotharingie et de la Germanie qui va initier la diffusion des textes en français.
Au Ixe siècle, la forme du livre est, en Occident, fixée depuis longtemps. C’est un ensemble de parchemins cousus entre eux et que l’on nomme « codex » et qui prend la place de rouleaux de parchemin nommés « volumen ». De nombreux documents, y compris littéraires, perdureront cependant sous la forme de rouleau et cela jusqu’au XVe siècle.
Avec le fin’amor et la littérature courtoise, la diffusion des manuscrits est déjà relativement importante mais elle ne prendra un essor significatif qu’au XIIIe siècle, période durant laquelle la langue française va subir de profonds changements. Des changements d’ailleurs tels qu’un François Villon, bachelier puis maître ès arts et poète du Xve siècle, montrera une ignorance totale de l’ancien français, c’est-à-dire du français antérieur au XIIIe siècle. Autant que la langue, le style littéraire va évoluer, au point que l’œuvre de Chrétien de Troyes, qui suscitait l’admiration et qui sera largement diffusée au XIIIe siècle, tombera en désuétude jusqu’au XVe siècle, époque vers laquelle quelques amateurs et mécènes se constituent de grandes bibliothèques. Et encore, le XVe siècle, avec notamment la Bibliothèque de Charles V qui initie la Bibliothèque nationale de France, est-elle essentiellement constituée de manuscrits scientifiques ou historiques. La vraie redécouverte de la littérature médiévale ne se fera qu’au XVIe siècle, date à laquelle apparaît l’imprimerie.