Pierre le Vénérable : l’homme de la restauration clunisienne

Représentation probable de Pierre le Vénérable (enluminure du Moyen Âge).
Représentation probable de Pierre le Vénérable (enluminure du Moyen Âge).

C’est au Xe siècle que Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, fonda l’abbaye de Cluny et la confia à Bernon, abbé de Baume, qui la plaça sous observance bénédictine. Saint Odon, saint Mayeul, saint Odilon, saint Hugues allaient faire de Cluny le cœur de la réforme monastique en Occident. Son succès fut tel que Cluny regroupa jusqu’à 1400 maisons, peuplées de 10000 moines. Une richesse humaine qui devait engendrer, dès le XIIe siècle, une trop grande richesse matérielle. C’est ce que l’on décrit généralement comme la "décadence" de l’ordre clunisien, une décadence qui n’est pas de mœurs mais que l’on peut traduire par l’éloignement de la stricte observance bénédictine qui était à l’origine de l’abbaye. C’est sur cette "décadence" que naîtra la réforme de Cîteaux, conduite par saint Bernard. C’est également à l’époque de cette "décadence" que le dernier grand abbé clunisien entre en scène.
Issu d’une noble famille auvergnate, Pierre de Montboissier, dit Pierre le Vénérable, devient abbé de Cluny en 1122. Sous son impulsion, Cluny retrouve les traditions et la rigueur du temps des quatre premiers abbés. Sous son impulsion, Cluny redevient un haut-lieu de la chrétienté monastique, tenant tête à saint Bernard dans la controverse entre clunisiens et cisterciens.
Mais ce n’est pas uniquement dans son ordre que Pierre le Vénérable fera autorité. Esprit cultivé, érudit même, il sera le premier à traduire le Coran en latin (1143), non pour s’en faire le promulgateur, mais pour mieux savoir le réfuter. De la même façon, il s’opposera au manichéisme, au judaïsme et à quelques hérésies contemporaines comme le petrobusianisme -une hérésie initiée par Pierre de Bruys qui réfutait la présence eucharistique, la prière pour les morts ou le baptême des enfants.