Pythéas, l’explorateur méconnu

Buste de Pythéas (IVe siècle avant J.-C.).
Buste de Pythéas (IVe siècle avant J.-C.).

Nous sommes au IVe siècle avant J.-C.. Marseille est alors une ville grecque florissante et un grand port de marchandises. C’est là que vit un mathématicien astronome nommé Pythéas.
Un jour, des voyageurs reviennent du nord en racontant que, là-bas, en été, la nuit n’existe pas. Curieux de nature, Pythéas veut aller vérifier ces dires extraordinaires. Voyant là une occasion de découvrir une nouvelle voie commerciale, les Timouques, les consuls de la cité phocéenne, acceptent de financer l’expédition. Sans doute en l’an 330 avant J.-C., l’Artémis lève l’ancre. Pythéas doit emprunter la route du Nord qui conduit vers l’étain et l’ambre -deux précieuses denrées que le monde méditerranéen reçoit de l’Europe du Nord, mais qui jusqu’alors arrivent par des routes terrestres.
Il lui faut affronter les Carthaginois qui, jaloux de leur hégémonie en Méditerranée et dans l’Atlantique, ont installé un poste de surveillance à Carthagène, sur la côte espagnole. Alors Pythéas navigue la nuit, véritable exploit pour l’époque, en se guidant grâce aux étoiles. Il fait même peindre l’Artémis en noir et doit ainsi lutter contre les superstitieux qui voient dans cette couleur un signe de mauvais augure.
Enfin, douze jours après son départ (peut-être le 1er avril), il atteint les Colonnes d’Hercule (Gibraltar) où se tiennent les Carthaginois. Une nef ennemie approche… Pythéas donne l’ordre d’attaquer : le commandant de l’embarcation carthaginoise est tué. C’est alors qu’une immense clameur de joie s’élève : ce sont les prisonniers grecs enfin libérés ! Pythéas a gagné : les Colonnes d’Hercule sont franchies.

Pythéas face à un monolithe breton (gravure du XIXe siècle).
Pythéas face à un monolithe breton (gravure du XIXe siècle).

Il longe les côtes ibériques, atteint le cap Finisterre, au nord-ouest de l’Espagne où il est obligé de naviguer sans voir la terre, fait exceptionnel pour l’époque. Au large d’Ouessant, il mouille dans une large baie aux eaux calmes afin de se reposer. Soudain, l’équipage se réveille : il n’y a plus d’eau sous le bateau ! Pythéas vient de découvrir la marée.
Il remonte ensuite le long de la côte anglaise, à l’est et au nord, et voit d’énormes cachalots qu’il nomme orques. Les îles des Orques seront appelées Orcades. Il entend dire que c’est vers l’étoile polaire, ou Thul-Al, que dort le soleil. Il emprunte donc le chemin que suivront quelques siècles plus tard les Vikings. Il accède ainsi à Thulé, l’Islande : endroit étonnant, où flottent des îles bleues et blanches, les icebergs, et où l’air est si épais de brouillard qu’il semble se mêler à l’eau et à la terre. Mais ses hommes sont tellement effrayés qu’il doit retourner sur ses pas.
Ayant recueilli un Scandinave égaré, il arrive, grâce à ce guide, jusqu’en Norvège. À Marseille, on s’impatiente. Que devient-il ? Alors Pythéas prend le chemin du retour.
Il profite du brouillard pour franchir les Colonnes d’Hercule et échappe ainsi, une fois encore, aux Carthaginois. Quand l’Artémis accoste à Marseille après cinq mois et dix jours de voyage, c’est sous les vivats et les félicitations : les cales sont chargées d’ambre et d’étain et tous ses hommes sont sains et saufs. Alors Pythéas raconte son étrange épopée. Une aventure si extraordinaire qu’on ne le croit pas ! Mensonges, affabulations ! Jusqu’à la fin de ses jours, il devra subir les railleries et les moqueries. Il faudra attendre des siècles pour que le navigateur soit enfin réhabilité.