Retour sur une religion méconnue : la religion romaine

Statuette d'un prêtre romain.
Statuette d’un prêtre romain.

Les Romains eux-mêmes se voyaient volontiers comme les plus religieux, les plus pieux des hommes. De fait, la religion faisait partie de la vie quotidienne ; elle lui imposait son rythme, depuis les premiers jours de la vie jusqu’aux derniers. Mais cette religion du quotidien était également dépourvue de mythologie propre, au point d’avoir adopté sans vergogne les divinités du panthéon grec et même celles d’autres régions, notamment des divinités orientales. Cette vision, qui est celle que les historiens ont eu pendant des siècles, est aujourd’hui sujet à révision et les spécialistes se penchent avec un intérêt nouveau sur la vision du divin chez les Romains.
Si la religion était si présente dans tous les actes de la vie, c’est avant tout parce que les Romains voyaient la main des dieux partout, dans tout. C’est également parce que, dans l’espoir de parer à toute éventualité et de ne surtout pas fâcher les dieux, tout en ignorant d’ailleurs ce qu’ils désirent vraiment. Durant la période archaïque, ces divinités n’avaient pas non plus d’apparence humaine, comme les divinités grecques. Des divinités que les Romains adopteront à l’époque classique, sans pour autant abandonner leurs rites. De fait, et c’est un trait particulier de la religion romaine, rien n’est jamais supprimé. Au fil des siècles, malgré l’apport de religions nouvelles, aucun rite ne sera abandonné. Et c’est finalement fort logique et s’explique par la conception même de la religion romaine. En effet, on a dit que si les rites étaient intimement lié au quotidien de la vie, c’était dans le but de toujours satisfaire aux dieux, de parer à toute éventualité. La chose se répète dans l’addition des rites et des croyances, car pourquoi abandonné quelque chose qui pourrait éventuellement servir encore ?
Tête de Jupiter (statue antique).
Tête de Jupiter (statue antique).

Qui plus est, si les nouvelles religions attirent, elles n’ont pas le poids politique de la religion primitive. En effet, et c’est un autre aspect essentiel de la religion romaine, la religion est une sorte de garant de la légitimité du pouvoir. Et l’Etat est le médiateur entre les hommes et le divin. C’est pourquoi l’Etat romain est si attentif au respect des rites. D’ailleurs, le mot « religio » signifie « lien » ; un lien que les pouvoirs politiques ont le devoir de maintenir afin de maintenir la bienveillance des dieux ou de détourner leur colère.
On a dit qu’il n’y avait pas de mythologie proprement romaine. En fait, il semblerait bien que cette mythologie ait existé, mais qu’elle ait ensuite été désacralisée pour devenir un récit historique. Ce qui est certain, par contre, c’est que la vision romaine est imprégnée, comme toutes les mythologies indo-européennes, des trois éléments de la société : la souveraineté, représentée ici par Jupiter ; la guerre, incarnée par Mars ; enfin la fécondité et la prospérité qui seraient représentées par Quirinus. Jupiter, Mars et Quirinus, le trio que les trois flamines majeures illustrent. Que Jupiter et Mars soient un apport grec est évident, mais cela ne remet pas en question le schéma des trois divinités, représentants les trois fonctions majeures de la société. Qui plus est ils font sans doute une entrée assez rapide dans la religion romaine puisqu’on date du Ive siècle avant J.-C. l’apport des Grecs, via les Etrusques hellénisés et les marchands. Quant au dieu représentant la fécondité, son nom originel importe peu ; il correspond en fait à une constante dans les mythologies indo-européennes qui associent monde souterrain, chtonien, et fécondité -la mort et la vie.
Après Mars et Jupiter, les apports des différentes religions orientales vont se multiplier, au point, parfois, de prendre le pas sur la religion romaine. Cette dernière va devoir sa survie, comme on l’a dit, à son syncrétisme, à son pouvoir d’absorption. Une absorption d’autant plus facile que certains dieux sont forts proches des divinités vénérés dans la péninsule. C’est notamment le cas d’Aplu, dieu étrusque doté de pouvoirs guérisseurs. Au Ve siècle avant J.-C., lors d’une épidémie meurtrière, un temple voué au dieu Apollon est édifié à Rome. Aplu et Apollon, l’un vénéré à Rome, l’autre à Véies, une cité toute proche, ne feront bientôt qu’un, au point qu’Aplu le guérisseur disparaîtra. Dans les faits, d’ailleurs, Apollon guérisseur également, mais cette fois parce qu’il va perdre son don de la médecine au profit de son fils, Asclépios -Esculape pour les Romains- qui sera honoré à Rome dès le IIIe siècle.
Evolutive, dans un mouvement et une adaptation quasi permanente, la religion romaine apparaît dès lors comme bien plus complexe que la vision que l’on en avait initialement. Et son étude ne fait que commencer.