Rutebeuf, le poète d’infortune

Illustration d'un poème de Rutebeuf (XIIIe siècle).
Illustration d’un poème de Rutebeuf (XIIIe siècle).

Rutebeuf est sans doute le plus célèbre des poètes du Moyen Âge et pourtant on ne sait rien de lui. Son nom, même, n’en est pas un mais un surnom qu’il s’est lui même attribué au fil de l’écriture. On le dit Champenois d’origine mais c’est à Paris qu’il va vivre quasiment toute sa vie d’homme. Une vie placée sous le signe des lettres, de la contestation et de la pauvreté. Une vie qui était celle de tous les étudiants, des poètes et des ménestrels. Mais si Rutebeuf a su joué, en véritable virtuose, de tous les styles d’écriture, de l’hagiographie au théâtre –avec le plus ancien miracle par personnage, le Miracle de Théophile-, des poèmes polémiques aux œuvres satiriques, c’est sans aucun doute pour ses poignants poèmes satiriques qu’il a acquis la célébrité.
Le froid, la faim, la peur, la mort mais aussi le jeu et la débauche sont au rendez-vous dans ses Poèmes d’infortune. Là, Rutebeuf se fait le chantre de la vie parisienne cachée, nocturne ; il chante les hommes malmenés au quotidien et tout cela sur un ton très personnel. Au point d’ailleurs qu’on en viendrait presque à croire que l’auteur seul sait et peut en parler. Au point qu’on oublierait presque que ces thèmes sont devenus un genre littéraire, un classique de la littérature du XIIIe siècle. Mais la confidence n’est qu’illusoire ; elle attendrit et fait le jeu de l’auteur, qui cherche à émouvoir et qui, ma foi, y réussit fort bien…